290
LOUIS XIV
de lui, pour le regretter, pour le désirer, pour setenir de plus en plus à lui, comme les Juifs pourJérusalem, et soupirer après son retour, et l’espé-rer toujours, comme ce malheureux peuple attendencore et soupire après le Messie. C’est aussi parcette autorité de prophète, qu’il s’était acquise surles siens, qu’il s’était accoutumé à une dominationqui, dans sa douceur, ne voulait point de rési-stance. Aussi n’aurait-il pas longtemps souffert decompagnon s’il fût revenu à la cour, et entré dansle conseil, qui fut toujours son grand but; et unefois ancré et hors des besoins des autres, il eût étébien dangereux non-seulement de lui résister, maisde n’étre pas toujours pour lui dans la souplesse etdans l’admiration.
Retiré dans son diocèse, il y vécut avec la piétéet l’application d’un pasteur, avec l’art et la magni-ficence d’un homme qui n’a renoncé à rien, qui seménage tout le monde et toutes choses. Jamaishomme n’a eu plus que lui la passion de plaire, etau valet autant qu’au maître, jamais homme ne l’aportée plus loin, avec une application plus suivie ,plus constante, plus universelle ; jamais homme n’ya plus entièrement réussi. Cambrai est un lieu degrand abord et de grand passage ; rien d’égal à lapolitesse, au discernement, à l’agrément avec les-quels il recevait tout le monde. Dans les premièresannées on l’évitait, il ne courait après personne ;