Mehrbändiges Buch 
Oeuvres Complètes De Molière
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NOTICE SUR MOLIÈRE.

XV

servait plus depuis son infidélité. Je pris dès lors la résolution devivre avec elle comme un honnête homme qui a une femme co-quette, et qui est bien persuadé, quoi quon puisse dire, que saréputaf'on ne dépend pas de la mauvaise conduite de son épouse;mais jeus le chagrin de voir quune personne sans beauté, qui do'tle peu desprit quon lui trouve à léducavon que je lui ai donnée,détruisait en un moment toute ma philosophie. Sa présence me fitouhlier mes résolutions, et les premières paroles quelle me ditpour sa défense me laissèrent si convaincu que mes soupçonsétaient mal fondés, que je lui demandai pardon davoir été si cré-dule. Cependant mes bontés ne lont point changée. Je me suisdonc déterminé à vivre avec elle comme si elle nétait pas mafemme ; mais si vous saviez ce que je souffre, vous auriez pitié demoi. Ma passion est venue à un tel point, quelle va jusquà entreravec compassion dans ses intérêts; et quand je considère combienil mest impossible de -vaincre ce que je sens pour elle, je me disen même temps quelle a peut-être une même difficulté à détruirele penchant quelle a dêtre coquette, et je me trouve plus dans ladisposition de la plaindre que de la blâmer. Vous me direz sansdoute quil faut être fou pour aimer de cette manière ; mais, pourmoi, je crois quil ny a quune sorte damour, et que les gens quinont point senti de semblable délicatesse nont jamais aimé véri-tablement. Toutes les choses du monde ont du rapport avec elledans mon cœur ; mon idée en est si fort occupée que je ne faisrien en son absence qui men puisse divertir. Quand je la vois, uneémotion et des transports quon peut sentir, mais quon ne sauraitexprimer, môtent lusage de la réflexion; je nai plus dyeux pourses défauts : il men reste seulement pour tout ce quelle a dai-mable. N'est-ce pas le dernier degré de la folie? Et n ! admirez-vous pas que tout ce que jai de raison ne sert quà me faire con-naître ma faiblesse, sans en pouvoir triompher? »

Lorsque le Misanthrope fut joué pour la première fois, le 4 juin1006, sur le théâtre du Palais-Royal, le public resta froid. Molièreen fut consterné. Cétait son œuvre de prédilection. Il y avait misplus de lui-même que dans ses autres ouvrages. « Attendez, » luidit Boileau. » En effet , les connaisseurs ramenèrent le public,