xvi NOTICE SUR MOLIERE.
et bientôt les contemporains jugèrent comme devait juger la postérité.
Molière donna, après le Misanthrope , le Médecin malgré lui , unede ses plus excellentes farces, Mélicerte , pastorale au-dessous dumédiocre, écrite pour une fête de la cour; le Sicilien ou l’Amourpeintre , comédie de genre fort agréable, et enfin son œuvre capi-tale , égale ou supérieure au Misanthrope , le Tartuffe.
Le Tartuffe était composé avant le Misanthrope. Le 12 mai 1664,pendant les fêtes de Versailles , le roi en entendit les trois pre-miers actes. Ils firent sur les courtisans une sensation profonde.Ce n’était plus ici une attaque générale contre les vices de lasociété, comme dans le Misanthrope , ou contre ses ridicules, commedans les Fâcheux; ce n’était pas non plus, comme dans les Pré-cieuses , une charge à fond contre le mauvais goût. Le poète pre-nait corps à corps les faux dévots, c’est-à-dire les hommes à lafois les plus habiles et les plus pervers, les plus accoutumés auxintrigues souterraines, les plus résolus à la vengeance, les plusétroitement unis entre eux dans la défense commune, d’autantplus redoutables qu’ils revêtent les apparences de la vertu, et queleur industrie consiste à compromettre sans cesse la religion dansleurs intérêts. Le coup était terrible ; la réponse fut immédiate. Leroi approuva la pièce et les intentions de Molière ; mais le fauxdévot, dit-il, ressemblait trop au véritable, pour qu’il n’y eût pasüéril à laisser jouer cette comédie. Elle fut interdite. Le 24 sep-tembre suivant, le roi entendit encore ces trois premiers acteschez Monsieur, à Villers-Coterets, et la pièce entière fut représen-tée le 29 novembre, au Raincy, chez le prince de Gondé, maisà hu»? clos; ni le grand Condé, ni le frère du roi, ne purent ob-tenir que l’interdiction fût levée.
Molière ne se découragea pas. C’était à qui, parmi les courti-sans, obtiendrait de lui une lecture de sa pièce. Il fut la lire aulégat du pape et à ceux des évêques auprès desquels il put trouveraccès. Le légat et les évêques approuvèrent le Tartuffe, et necrurent pas le ciel intéressé dans la cause des hypocrites. Molièreétait d’ailleurs personnellement en faveur auprès du roi. Il étaitrentré à son service comme valet de chambre tapissier, en 1661,