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Oeuvres Complètes De Molière
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NOTICE SUR MOLIÈRE.

XIX

la colère sempare de nous, comme si cette injure était la nôtre.Nous arracherions les yeux à madame Pernelle, qui persiste à dé-fendre le bourreau de sa famille; et nous ne commençons à respi-rer enfin que quand lexempt prend la parole jjour annoncer le châ-timent du coupable.

Ce serait se tromper que de voir dans Tartuffe un athée, unsceptique, qui se sert de la religion sans y croire, et qui joue per-pétuellement une comédie pour faire des dupes. Ce Tartuffe-nest que celui du cinquième acte de don Juan. La conception deMolière est ici bien plus forte. Tartuffe croit; mais ses honteusespassions dominant sa croyance, il sabandonne au crime les yeuxouverts, et les sophismes dont il essaye daveugler Elmire, lui ontservi dabord à sétourdir lui-même. Quel est le mystique, parmiceux dont lâme nétait pas douée, qui nait cherché comme Tar-tuffe des accommodements avec le ciel? Ce qui effraye dans latransformation de Tartuffe, desclave devenu bourreau, cest quonnest pas sûr quil se juge lui-même. Il sadmire peut-être dans savengeance. Il se loue de sa fermeté. Il est dégradé dans son âme,au point de navoir plus conscience de son infamie. Cest un hypo-crite , sans doute ; mais parmi les hypocrites, le pire, ce nest paslhypocrite qui ne croit pas, cest lhypecrite fanatique.

Après ïe Tartuffe, Molière donna encore plus dun chef-dœuvre.LAmphitryon est une imitation de Plaute, il laisse son modèleloin derrière lui. LAulularia ne saurait être comparée à lAvare.LAvare était le premier exemple dune comédie en prose ; le publichésita dabord, puis il fut entraîné par cette peinture si vraie et siterrible. George Dandin ou le Mari confondu, Monsieur de Pour -ceaugnac, et les Amants magnifiques, précédèrent le Bourgeois gen-tilhomme, dont les trois premiers actes sont une excellente comé-die, et les deux derniers une farce désopilante. Psyché appartientà peine à Molière. Il en fit le plan; mais ce plan était déjà dans Apu-lée et dans La Fontaine. Il en écrivit une partie; mais Corneille etQuinault peuvent en réclamer plus de la moitié. Boileau a été biensévère pour les Fourberies de Scapin. Assurément, cette pièce estüen loin des grandes comédies de Molière ; mais elle a de la viva-c, de la gaieté; et on y trouve deux scènes du premier ordre