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ACTE IV, SCÈNE I.
rien à nous reprocher l’un à l’autre ; et je ne doute point que,comme je vous loue infiniment de votre choix, vous n’approuviezaussi le mien. Il faut que ce miracle éclate aux yeux de tout lemonde, et nous ne devons point différer à nous rendre tous deuxcontens. Pour moi, madame, je vous sollicite de vos suffrages pourobtenir celle que je souhaite, et vous trouverez bon que j’aille dece pas en faire la demande au prince votre père.moron, bas, à Euryale, — Ah! digne, ah! brave cœur!
SCÈNE II. — LA PRINCESSE, MORON,
la princesse. — Ah! Moron, je n’en puis plus; et ce coup, queje n’attendois pas, triomphe absolument de toute ma fermeté.
moron. — Il est vrai que le coup est surprenant, et j’avois crud’abord que votre stratagème avoit fait son effet.
la princesse. — Ah! ce m’est un dépit à me désespérer, qu’un»autre ait l’avantage de soumettre ce cœur que je voulois sou-mettre.
SCÈNE III. — LA PRINCESSE , AGLANTE, MORON.
la princesse. — Princesse, j’ai à vous prier d’une chose qu’ilfaut absolument que vous m’accordiez. Le prince d’Ithaque vousaime, et veut vous demander au prince mon père.aglante. — Le prince d’Ithaque, madame?la princesse. — Oui. Il vient de m’en assurer lui-même, et m’ademandé mon suffrage pour vous obtenir; mais je vous conjure derejeter cette proposition, et de ne point prêter l’oreille à tout cequ’il pourra vous dire.
aglante. — Mais, madame, s’il étoit vrai que ce prince m’aimàteffectivement, pourquoi, n’ayant aucun dessein de vous engager, nevoudriez-vous pas souffrir?...
la princesse. — Non, Aglante. Je vous le demande. Faites-moice plaisir, je vous prie, et trouvez bon que, n’ayant pu avoir l’a-vantage de le soumettre, je lui dérobe la joie de vous obtenir.
aglante. — Madame, il faut vous obéir; mais je croirois que laconquête d’un tel cœur ne seroit pas une victoire à dédaigner.
la princesse. — Non, non, il n'aura pas la joie de me braverentièrement.
SCÈNE IY. — LA PRINCESSE , ARISTOMÈNE, AGLANTE
MORON.
aristomène. — Madame, je viens à vos pieds, rendre grâce à la-*nour de mes heureux destins, et vous témoigner, avec mes trans-