DE LA FÊTE DE VERSAILLES.
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plans étoient ingénieusement formés en divers compartimens, étoientcouvertes d’une infinité de choses délicates, et disposées d’une ma-nière toute nouvelle ; leurs pieds et leurs dossiers étoient environnésde feuillages mêlés de festons de fleurs, dont une partie étoit sou-tenue par des Bacchantes. Il y avoit, entre ces tables, une petite pe-louse de mousse verte, qui s’avançoit dans le bassin, et sur laquelle onvoyoit, dans un grand vase, un oranger dont les fruits étoient confits ;chacun de ces orangers avoit à côté de lui deux autres arbres dedifférentes espèces, dont les fruits étoient pareillement confits.
Du milieu de ces tables s’élevoit un jet d’eau de plus de trentepieds de haut, dont la chute faisoit un bruit très-agréable; de sortequ’en voyant tous ces buffets d’une même auteur, joints les uns auxautres par les branches (Rarbres et les fleurs dont ils étoient revêtus,il sembloit que ce fût une netite montagne, du haut de laquellesortit une fontaine.
La palissade qui fait l’enceinte de ce cabinet étoft disposée d’unemanière toute particulière; le jardinier, ayant employé son indus-trie à bien ployer les branches des arbres, et à les lier ensemble endiverses façons, en avoit formé une espèce d’architecture. Dans lemilieu du couronnement, on voyoit un socle de verdure sur lequelil y ayoit un dé qui portoit un vase rempli de fleurs. Aux côtés dudé, et sur le même socle, étoient deux autres vases de fleurs; et encet endroit, le haut de lapalissade, venant doucement à s’arrondiren forme de galbe , se terminoit aux deux extrémités par deuxautres vases aussi remplis de fleurs.
Au lieu de sièges de gazon, il y avoit, tout autour du cabinet descouches de melons, dont la quantité, la grosseur, et la bonté etoientsurprenantes pour la saison. Ces couches étoient faites d’une manièretout extraordinaire; et, à bien considérer la beauté de ce lieu, l’onauroit pu dire autrefois que les hommes n’auroient point eu de part àun si bel arrangement, mais que quelques divinités de ces bois au-raient employé leurs soins pour l’embellir de la sorte.
Comme il y a cinq allées qui se terminent toutes dans ce cabinet,et qui forment une étoile, l’on trouvoit ces allées ornées de chaquecôté de vingt-six arcades de cyprès. Sous chaque arcade, et sur dessièges de gazon, il y avoit de grands vases remplis de divers arbreschargés de leurs fruits. Dans la première de ces allées, il n’y avoitque des orangers de Portugal. La seconde étoit toute de bigareautierset de cerisiers mêlés ensemble. La troisième étoit bordée d’abricotierset de pêchers; la quatrième, de groseilliers de Hollande; et dans lacinquième, l’on ne voyoit que des poiriers de différentes espèces.Tous ces arbres faisoient un agréable objet à la vue, à cause de leursfruits qui paroissoient encore da\antage contre l’épaisseur du bois.
Au bout de ces cinq allées, il y a cinq grandes niches de verdure,que l’on voit toutes en face du milieu du cabinet. Ces niches étoient