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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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TROISIÈME LEÇON.

Dos guerres, si vous passez à son gouvernementintérieur, vous y reconnaîtrez un fait de même na-ture, la tentative dintroduire de lordre, de lunitédans ladministration de tous les pays quil possède.Je ne voudrais pas me servir du mot Royaume, nidu mot État; expressions trop régulières et qui ré-veillent des idées peu en accord avec la société àlaquelle présidait Charlemagne. Ce qui est certain,cest que, maître dun immense territoire, il sindi-gnait dy voir toutes choses incohérentes, anarchi-ques, grossières, et voulait changer ce hideux état.Il y travaillait dabord par ses missi dominici quilenvoyait dans les diverses parties du territoire pourobserver les faits et les réformer, ou lui en rendrecompte; ensuite par les assemblées générales quiltenait avec beaucoup plus de régularité que sesprédécesseurs; assemblées il faisait venir pres-que tous les hommes considérables du territoire.Ce nétaient pas des assemblées de liberté; il nyavait rien qui ressemblât à la délibération que nousconnaissons. Cétait pour Charlemagne une manièredêtre bien informé des faits, et de porter quelquerègle, quelque unité dans ces populations désordon-nées.

Sous quelque point de vue que vous considériezle règne de Charlemagne, vous y trouverez toujoursle même caractère, la lutte contre létat barbare,lesprit de civilisation ; cest ce qui éclate dansson empressement à instituer des écoles, son goûtpour les savants, sa faveur pour l'influence ecclé-siastique , tout ce qui lui paraissait propre à agirsoit sur la société entière, soit sur lhomme indi-viduel.

Une tentative de même nature fut faite un peuplus tard, en Angleterre, par le roi Alfred.

Ainsi, du v p au ix'siècle, ont été en action, surtel ou tel point de lEurope, les différentes causesque jai indiquées comme tendant à mettre un termeà la barbarie.

Aucune na réussi. Charlemagne na pu fonderson grand empire, et le système de gouvernementquil voulait y faire prévaloir. En Espagne, lÉglisena pas réussi davantage à fonder le principe théo-cralique. En Italie et dans le midi des Gaules, quoi-que la civilisation romaine ait plusieurs fois tentéde se relever, cest plus tard seulement, vers la findu x' siècle, quelle a vraiment repris quelque vi-gueur. Jusque-, tous les essais pour mettre fin àla barbarie ont échoué; ils supposaient les hommesplus avancés quils nétaient réellement; ils vou-laient tous, sous des formes diverses, une sociétéplus étendue ou plus régulière que ne le compor-taient la distribution des forces et létat des esprits.Cependant ils ne furent point perdus : au commen-

cement du X e siècle, il nétait plus question ni dugrand empire de Charlemagne, ni des glorieuxconciles de Tolède; mais la barbarie nen touchaitpas moins à son terme; deux grands résultats étaientobtenus :

1° Le mouvement dinvasion des peuples, au nordet au midi, était arrêté : à la suite du démembre-ment de lempire de Charlemagne , des Etats fon-dés sur la rive droite du Ilhin opposaient, aux peu-plades qui arrivaient encore sur lOccident, uneforte barrière. Les Normands en sont une preuveincontestable; jusquà cette époque, si lon en ex-'cepte les tribus qui se sont jetées sur lAngleterre,le mouvement des invasions maritimes navait pasété très-considérable. Cest dans le cours du ix e siè-cle quil devient constant et général. Cest que lesinvasions par terre sont devenues très-difficiles; lasociété a acquis, de ce côté, des frontières plusfixes et plus sûres. La portion de population errante;qui ne peut être refoulée en arrière est contraintede se détourner et de porter sur mer sa vie errante.Quelque mal quaient fait à lOccident les expédi-tions normandes, elles étaient bien moins fatalesque les invasions par terre; elles troublaient bienmoins généralement la société naissante.

Au midi, le même fait sc déclare. Les Arabes secantonnent en Espagne ; la lutte continue entre euxet les chrétiens; mais elle nentraîne plus le dépla-cement des peuples. Des bandes sarrasines infes-tent encore de temps en temps les côtes de la Médi-terranée; mais le grand progrès de l'islamisme aévidemment cessé.

2 On voit alors dans lintérieur du territoireeuropéen la vie errante cesser à son tour; les popu-lations sétablissent, les propriétés se fixent, lesrapports des hommes ne varient plus de jour enjour au gré de la force et du hasard. Létat inté-rieur et moral de lhomme lui-même commence àchanger; ses idées, ses sentiments acquièrent quel-que fixité, comme sa vie; il sattache aux lieux quilhabite, aux relations quil y contracte, à ces do-maines quil commence à se promettre de laisser àses enfants, à cette habitation quil appellera unjour son château, à ce misérable rassemblement decolons et desclaves qui deviendra un jour un vil-lage. Partout se forment de petites sociétés, de pe-tits États taillés, pour ainsi dire, à la mesure desidées et de la sagesse des hommes. Entre ces socié-tés sintroduit peu à peu le lien dont les mœursbarbares contiennent le principe, le lien dune con-fédération qui ne détruit point lindépendance indi-viduelle. Dune part, chaque homme considérablesétablit dans ses domaines, seul avec sa famille etscs serviteurs; de lautre, une certaine hiérarchie