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CIVILISATION EN EUROPE.
de services et de droits se règle entre tons ces pro-priétaires guerriers épars sur le territoire. Qu’est-cedonc là, messieurs? C’est le régime féodal qui sur-git définitivement du sein de la barbarie. Des diverséléments de notre civilisation , il était naturel quel’élément germanique prévalût le premier; à luiétait la force, il avait conquis l’Europe ; c’était delui qu’elle devait recevoir sa première forme, sapremière organisation sociale. C’est ce qui arriva.La féodalité, son caractère, le rôle qu’elle a joué
dans l’histoire de la civilisation européenne, telsera donc l’objet de notre prochaine leçon; et dansle sein du régime féodal victorieux, nous rencon-trerons à chaque pas les autres éléments de notresociété, la royauté, l’Eglise, les communes; etnous pressentirons sans peine qu’ils 11e sont pointdestinés à succomber sous cette forme féodale à la-quelle ils s’assimilent, en luttant contre elle, et enattendant que l’heure de la victoire vienne pour euxà leur tour.
QUATRIÈME LEÇON.
Objet de la leçon. — Alliance nécessaire des faits et des doctrines. — Prépondérance des campagnes sur les villes. — Organi-sation d’une petite société féodale. — Influence de la féodalité sur le caractère du posseseur du fief, et sur l'esprit defamille. — Haine du peuple pour le régime féodal. — Le prêtre pouvait peu pour les serfs. — Impossibilité’ d'organiserrégulièrement la féodalité. — 1 o Point d'autorité forte, 2» point de pouvoir public, 5° difficulté du système fédératif. —L'idée du droit de résistance inhérente à la féodalité. — influence de la féodalité, bonne pour le développement del'individu, mauvaise pour l'ordre social.
Messieurs,
Nous avons étudié l’état de l’Europe après lachute de l’empire romain, dans la première époquede l’histoiCe moderne, dans l’époque barbare. Nousavons reconnu qu’à la fin de cette époque, au com-mencement du x' siècle, le premier principe, lepremier système qui se développa et prit possessionde la société européenne, ce fut le système féodal,que du sein de la barbarie naquit d’abord la féoda-lité. C’est donc le régime féodal qui doit être au-jourd’hui l’objet de notre étude.
Je ne crois pas avoir besoin de vous rappeler quece n’est pas l’histoire des événements proprementdits que nous considérons. Je n’ai point à vous ra-conter les destinées de la féodalité. Ce qui nousoccupe, c’est l’histoire de la civilisation ; c’est là lefait général, caché, que nous cherchons sous tousles faits extérieurs qui l’enveloppent.
Ainsi, les événements, les crises sociales, les di-vers états par lesquels a passé la société, ne nousintéressent que dans leurs rapports avec le déve-loppement de la civilisation ; nous avons à leur de-mander en quoi ils l'ont combattue ou servie, ce
qu’ils lui ont donné, ce qu’ils lui ont refusé. C’estuniquement sous ce point de vue que nous considé-rerons le régime féodal.
Nous avons, en commençant ce cours, déterminéce que c’était que la civilisation ; nous avons tentéd’en reconnaître les éléments; nous avons vu qu’elleconsistait, d’une part, dans le développement del'homme lui-même, de l’individu, de l'humanité ;de l’autre, dans celui de sa condition visible, de lasociété. Toutes les fois que nous nous trouvons enprésence d’un événement, d’un système, d’un étatgénéral du monde, nous avons donc cette doublequestion à lui adresser : qu’a-t-il fait pour ou con-tre le développement de l’homme, pour ou contre ledéveloppement de la société?
Vous comprenez d’avance, messieurs, que, danscette recherche, il est impossible que nous ne ren-contrions pas sur notre chemin les plus grandesquestions de la philosophie morale. Quand nousvoudrons savoir en quoi un événement, un système,a contribué au développement de l’homme et de lasociété, il faudra bien que nous sachions quel estle vrai développement de la société et de l’homme,quels développements seraient trompeurs, illégi-