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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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DOUZIÈME LEÇON.

presque tous les peuples, le temps la monarchiepure prévaut dans la plupart des grands États, tan-dis quen Hollande se crée la plus puissante répu-blique de lEurope, et quen Angleterre la monar-chie constitutionnelle triomphe définitivement, ouà peu près. Dans lÉglise, cest le temps les an-ciens ordres monastiques perdent presque tout pou-voir politique, et sont remplacés par un ordre nou-veau dun autre caractère, et dont limportance, àtort peut-être, passe pour fort supérieure à la leur,les Jésuites. A la même époque, le concile de Trenteefface ce qui pouvait rester de linfluence des con-ciles de Constance et de Bâle, et assure le triomphedéfinitif de la cour de Borne dans lordre ecclésias-tique. Sortez de lÉglise; jetez un coup dœil surla philosophie, sur la libre carrière de lesprit hu-main; deux hommes se présentent, Bacon et Des-cartes, les auteurs de la plus grande révolutionphilosophique quait subie le monde moderne, leschefs des deux écoles qui sen disputent lempire.Cest aussi le temps de léclat de la littérature ita-lienne; le temps commençait la littérature fran-çaise et la littérature anglaise. Enfin cest le tempsde la fondation des grandes colonies, et des plus ac-tifs développements du système commercial.

Ainsi, messieurs, sous quelque point de vue quevous considériez celte époque, les événements po-litiques, ecclésiastiques, philosophiques, littérai-res, y sont en plus grand nombre, plus variés etplus importants que dans tous les siècles qui lontprécédée. Lactivité de lesprit humain se manifestedans tous les sens, dans les relations des hommesentre eux, dans leurs relations avec le pouvoir,dans les relations des États, dans le pur travail in-tellectuel; en un mot, cest un temps de grandshommes et de grandes choses. Et au milieu de cetemps, la révolution religieuse qui nous occupe estle plus grand de tous les événements; cest le faitdominant de lépoque, cest le fait qui lui donneson nom, qui en détermine le caractère. Parmi tantde causes si puissantes qui ont joué un si grandrôle, la réforme est la plus puissante, celle à la-quelle toutes les autres ont abouti, qui lésa toutesmodifiées ou en a été modifiée elle-même. En sorteque ce que nous avons à faire aujourdhui, cest decaractériser avec vérité, de résumer avec précisionlévénement qui a dominé tous les autres, dans letemps des plus grands événements, la cause qui afait plus que toutes les autres, dans le temps desplus grandes causes.

Vous comprenez sans peine à quel point il estdifficile de ramener des faits si divers, si immenseset si étroitement unis, de les ramener, dis-je, àune véritable unité historique. Il le faut cependant;

quand les événements sont une fois consommés,quand ils sont devenus de lhistoire, ce qui importe,ce que lhomme cherche surtout, ce sont les faitsgénéraux, lenchaînement des causes et des effets.Cest, pour ainsi dire, la portion immortelle delhistoire, celle à laquelle toutes les générations ontbesoin dassister pour comprendre le passé, et pourse comprendre elles-mêmes. Ce besoin de généra-lité, de résultat rationnel, est le plus puissant et leplus glorieux de tous les besoins intellectuels; maisil faut bien se garder de le satisfaire par des géné-ralisations incomplètes et précipitées. Bien de plustentant que de se laisser aller au plaisir dassignersur-le-champ, et à la première vue, le caractèregénéral, les résultats permanents dune époque,dun événement. Lesprit humain est comme la vo-lonté humaine, toujours pressé dagir, impatientdes obstacles, avide de liberté et de conclusion; iloublie volontiers les faits qui le pressent et le gê-nent; mais en les oubliant il ne les détruit pas; etils subsistent pour le convaincre un jour derreuret le condamner. Il ny a pour lesprit humain, mes-sieurs, quun moyen déchapper à ce péril, cestdépuiser courageusement, patiemment létude desfaits, avant de généraliser et de conclure. Les faitssont pour la pensée ce que les règles de la moralesont pour la volonté. Elle est tenue de les connaî-tre, den porter le poids; et cest seulement lors-quelle a satisfait à ce devoir, lorsquelle en a mesuréet parcouru toute létendue, cest alors seulementquil lui est permis de déployer ses ailes et de pren-dre son vol vers la haute région d elle verra tou-tes choses dans leur ensemble et leurs résultats. Sielle y veut monter trop vite, et sans avoir pris con-naissance de tout le territoire que de elle aura àcontempler, la chance derreur et de chute est in-calculable. Cest comme dans un calcul de chiffres une première erreur en entraîne dautres à lin-fini. De même en histoire, si dans le premier tra-vail on na pas tenu compte de tous les faits, si onsest laissé aller au goût de la généralisation préci-pitée, il est impossible de dire à quels égarementson sera conduit.

Messieurs, je vous préviens en quelque sorte con-tre moi-même. Je nai guère fait et pu faire dansce cours que des tentatives de généralisation, desrésumés généraux de faits que nous navions pasétudiés de près et ensemble. Arrivés maintenant àune époque cette entreprise est beaucoup plusdifficile quà aucune autre, les chances derreursont plus grandes, jai cru devoir vous en avertir,et vous prémunir contre mon propre travail. Celafait, je vais le poursuivre et tenter sur la Béformcce que jai fait sur dautres événements; je vais es-