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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN EUROPE.

saycr den reconnaître le fait dominant, den dé-crire le caractère général, de dire en un mot quelssont la place et le rôle de ce grand événement dansla civilisation européenne.

Vous vous rappelez nous avons laissé lEuropeà la fin du xv' siècle. Nous avons vu, dans soncours, deux grandes tentatives de révolution ou deréforme religieuse : une tentative de réforme légalepar les conciles, une tentative de réforme révolu-tionnaire en Bohême par lés Hussites; nous lesavons vues étouffées, échouant lune et lautre; etcependant nous avons reconnu que lévénement étaitimpossible à empêcher, quil devait se reproduiresous une forme ou sous une autre ; que ce que lexv c siècle avait tenté, le xvi° laccomplirait inévita-blement. Je ne raconterai en aucune façon les dé-tails de la révolution religieuse du xvi e siècle; jeles tiens pour connus à peu près de tout le monde;je ne minquiète que de son influence générale surles destinées de lhumanité.

Quand on a cherché quelles causes avaient déter-miné ce grand événement, les adversaires de la Ré-forme lont imputée à des incidents, à des malheursdans le cours de la civilisation, à ce que, par exem-ple, la vente des indulgences avait été confiée auxDominicains, ce qui avait rendu les Augustins ja-loux; Luther était un Augustin, donc cétait lemotif déterminant de la Réforme. Dautres lont at-tribuée à lambition des souverains, à leur rivalitéavec le pouvoir ecclésiastique, à lavidité des nobleslaïques qui voulaient semparer des biens de lÉglise.On a voulu ainsi expliquer la révolution religieuseuniquement par le mauvais côté des hommes et desaffaires humaines, par les intérêts privés, les pas-sions personnelles. /

Dun autre côté, les partisans, les amis de la Ré-forme ont essayé de lexpliquer par le seul besoin deréformer en effet les abus existant dans lEglise ; ilslont présentée comme un redressement des griefsreligieux, comme une tentative conçue et exécutéedans le seul dessein de reconstituerune Église pure,lEglise primitive. Ni lune ni lautre de ces explica-tions ne me paraît fondée. La seconde a plus de vé-rité que la première; au moins elle est plus grande,plus en rapport avec létendue et limportance de lé-vénement; cependant je ne la crois pas exacte nonplus. A mon avis, la Réforme na été ni un accident,le résultat de quelque grand hasard, de quelque in-térêt personnel, ni une simple vue daméliorationreligieuse, le fruit dune utopie dhumanité et devérité. Elle a eu une cause plus puissante que toutcela, et qui domine toutes les causes particulières.Elle a été un grand élan de liberté de lesprit hu-main, un besoin nouveau de penser, de juger libre-

ment, pour son compte, avec ses seules forces, desfaits et des idées que jusque- lEurope recevait ouétait tenue de recevoir des mains de lautorité. Cestune grande tentative daffranchissement de la penséehumaine; et pour appeler les choses par leur nom ,une insurrection de lesprit humain contre le pou-voir absolu dans lordre spirituel. Tel est, selon moi,le véritable caractère , le caractère général et domi-nant de la Réforme.

Quand on considère quel étaità cette époque duncôté létat de lesprit humain, de lautre celui dupouvoir spirituel, de lÉglise, qui avait le gouver-nement de lesprit humain , voici le double fait donton est frappé.

Du côté de l'esprit humain, une beaucoup plusgrande activité , un beaucoup plus grand besoin dedéveloppement quil navait jamais senti. Cette ac-tivité nouvelle était le résultat de causes diverses,mais qui saccumulaient depuis des siècles. Parexemple, il y avait des siècles que les hérésies nais-saient, tenaient quelque place, tombaient rempla-cées par dautres; il y avait des siècles que les opi-nions philosophiques avaient le même cours que leshérésies. Le travail de lesprit humain, soit dans lasphère religieuse, soit dans la sphère philosophique,sétait accumulé du xi e au xvi e siècle; enfin le mo-ment était venu il fallait quil eût un résultat. Deplus, tous les moyens dinstruction , créés ou favo-risés dans le sein de lÉglise elle-même, portaientleurs fruits.On avait institué des écoles; de ces éco-les étaient sortis des hommes qui savaient quelquechose ; leur nombre sétait accru de jour en jour. Ceshommes voulaient penser enfin par eux-mêmes, etpour leur compte, car ils se sentaient plus fortsquils navaient jamais été. Enfin était arrivé ce re-nouvellement, ce rajeunissement de lesprit humainpar la restauration de lantiquité, dont je vous ai,dans notre dernière réunion , décrit la marche et leseffets.

Toutes ces causes réuniesimprimaientàla pensée,au commencement du xvi e siècle, un mouvementtrès-énergique, un impérieux besoin de progrès. /

La situation du gouvernement de lesprit humain,du pouvoir spirituel, était tout autre; il était tombéau contraire dans un état dinertie, dans un état sta-tionnaire. Le crédit politique de lÉglise, de la courde Rome, était fort diminué; la société européennene lui appartenait plus; elle avait passé sous la do-mination des gouvernements laïques. Cependant lepouvoir spirituel conservait toutes ses prétentions,toutson éclat, toute son importance extérieure. Il luiarrivait ce qui est arrivé plus dune fois aux vieuxgouvernements. La plupart des plaintes quon for-| mait contre lui nétaient presque plus fondées. Il