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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN EUROPE.

suct avec Claude, sur toute la polémique religieusede cette époque, et demandez-vous si Louis XIV eûtsupporté, sur toute autre matière, un pareil degréde liberté. Cest entre la Réforme et le parti op-posé quil y a eu le plus de liberté en France dans lexvii' siècle. La pensée religieuse a été alors bienplus hardie, elle a traité les questions avec plus defranchise que la pensée politique de Fénelon lui-même dans le Télémaque. Cet état na cessé quà larévocation de lédit de Nantes. Or, de 1685 à lex-plosion de lesprit humain au xviii' siècle , il ny apas quarante ans ; et linfluence de la révolution re-ligieuse en faveur de la liberté intellectuelle venaità peine de cesser quand celle de la révolution philo-sophique a commencé.

Vous le voyez, messieurs, partout la Réformea pénétré, partout elle a joué un grand rôle,victorieuse ou vaincue, elle a eu pour résultat gé-néral, dominant, constant, un immense progrèsdans lactivité et la liberté de la pensée, vers lé-mancipation de lesprit humain.

Et non-seulement la Réforme a eu ce résultat,mais elle sen est contentée; elle la obtenu,elle nen a guère cherché dautre, tant cétait lefond même de lévénement, son caractère primitifet fondamental! Ainsi en Allemagne, loin de de-mander la liberté politique , elle a accepté, je nevoudrais pas dire la servitude politique, mais lab-sence de la liberté. En Angleterre, elle a consentila constitution hiérarchique du clergé, et la pré-sence dune Eglise aussi abusive que lait jamais étélEglise romaine, et beaucoup plus servile. Pour-quoi la Réforme, si passionnée, si roide, à certainségards, sest-elle montrée si facile, si souple?Parce quelle obtenait le fait général auquel elletendait, labolition du pouvoir spirituel, laffran-chissement de lesprit humain. Je le répète,elle a atteint ce but, elle sest accommodée à tous lesrégimes, à toutes les situations.

Faisons maintenant la contre-épreuve de cet exa-men; voyons ce qui est arrivé dans les pays larévolution religieuse na pas pénétré, elle a étéétouffée de très-bonne heure, elle na pu prendreaucun développement. Lhistoire répond que les-prit humain na pas été affranchi : deux grands pays,lEspagne et lItalie, peuvent lattester. Tandis quedans les parties de lEurope la Réforme a tenuune grande place, lesprit humain a pris, dans lestrois derniers siècles, une activité, une liberté jus-que- inconnues, elle na pas pénétré, il esttombé, à la même époque, dans la mollesse et li-nertie; en sorte que lépreuve et la contre-épreuveont été faites pour ainsi dire simultanément etdonné le même résultat.

Lélan de la pensée, labolition du pouvoir ab-solu dans lordre spirituel, cest donc bien le ca-ractère essentiel de la Réforme, le résultat le plusgénéral de son influence, le fait dominant de sadestinée.

Je dis le fait, et je le dis à dessein. Lémancipa-tion de lesprit humain a été en effet, dans le coursde la Réforme, un fait plutôt quun principe, unrésultat plus quune intention. La Réforme a, jecrois, en ceci, exécuté plus quelle navait entre-pris, plus même peut-être quelle ne souhaitait. Aucontraire de beaucoup dautres révolutions qui sontrestées fort en arrière de ce quelles avaient voulu, lévénement a été très-inférieur à la pensée, lesconséquences de la Réforme ont dépassé ses vues;elle est plus grande comme événement que commesystème; ce quelle a fait, elle 11 e la pas complète-ment connu ; elle ne leût pas complètement avoué.

Quels reproches adressent constamment à la Ré-forme ses adversaires? Lesquels de ses résultats luijettent-ils en quelque sorte à la tête pour la réduireau silence?

Deux principaux : 1" la multiplicité des sectes,la licence prodigieuse des esprits, la destructionde toute autorité spirituelle, la dissolution de lasociété religieuse dans son ensemble; 2 la tyran-nie, la persécution. « Vous provoquez la licence,a-t-on dit aux réformateurs, vous la produisez; etquand elle est, vous voulez la contenir, la ré-primer. Et comment la réprimez-vous? Iar lesmoyens les plus durs, les plus violents. Vous aussivous persécutez lhérésie, et en vertu dune autoritéillégitime. »

Parcourez, résumez toutes les grandes attaquesdirigées contre la Réforme, en écartant les ques-tions purement dogmatiques; ce sont les deux re-proches fondamentaux auxquels elles se réduisenttoujours.

Le parti réformé en était très-embarrassé. Quandon lui imputait la multiplicité des sectes, au lieude lavouer, au lieu de soutenir la légitimité de leurlibre développement, il analhématisait les sectes, ilsen désolait, il sen excusait. Le taxait-on de per-sécution? Il se défendait avec quelque embarras; ilalléguait la nécessité; il avait, disait-il, le droit deréprimer et de punir lerreur, car il était en posses-sion de la vérité; ses croyances, ses institutionsétaient seules légitimes; si lEglise romaine navaitpas le droit de punir les réformés, cest quelle avaittort entre eux.

Et quand le reproche de persécution était adresséau parti dominant dans la Réforme, non par ses en-nemis, mais par ses propres enfants, quand les sec-tes quil anathématisait lui disaient:« Nous faisons