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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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TREIZIEME LEÇON.

dénergie, de persévérance, et posait tous les prin-cipes qui sont devenus la base de la constitutiondAngleterre.

Après les liantagenet, et surtout sous lesTudor,la chambre des communes, ou plutôt le parlementtout entier se présente sous un autre aspect. Il nedéfend plus les libertés individuelles aussi bien quesous les Plantagenet. Les détentions arbitraires,les violations des droits privés deviennent beaucoupplus fréquentes, sont plus souvent passées sous si-lence. En revanche le parlement tient, dans le gou-vernement général de lÉtat, beaucoup plus deplace. Pour changer la religion du pays, pour ré-gler lordre de succession, il fallait à Henri VIII unappui, un instrument public; ce fut du parlement,et surtout de la chambre des communes, quil se ser-vit. Elle avait été sous les Plantagenet un instru-ment de résistance, une garantie des droits privés ;elle devint sous les Tudor un instrument de gouver-nement, de politique générale; en sorte quà la findu xvi' siècle, quoiquelle eût servi ou subi à peuprès toutes les tyrannies, cependant son importancesétait fort accrue; son pouvoir était fondé, ce pou-voir sur lequel repose, à vrai dire, le gouvernementreprésentatif.

Quand on regarde donc à létat des institutionslibres de lAngleterre à la fin du xvi' siècle, voicice quon trouve : 1° des maximes , des principes deliberté qui avaient été constamment écrits, que lepays et la législation navaient jamais perdus devue; 2° des précédents, des exemples de liberté,fort mêlés, il est vrai, dexemples et de précédentscontraires, mais suffisants pour légitimer et soute-nir les réclamations, pour appuyer, dans la lutteengagée contre larbitraire ou la tyrannie, les dé-fenseurs de la liberté; 3° des institutions spécialeset locales, fécondes en germes de liberté; le jury,le droit de sassembler, dêtre armé, l'indépendancedes administrations et des juridictions municipales;i° enfin le parlement et sa puissance, dont laroyauté avait plus besoin que jamais, car elle avaitdilapidé la plupart de ses revenus indépendants,domaines, droits féodaux, etc., et ne pouvait se dis-penser, pour sa propre nourriture, de recourir auvote du pays.

Létat politique de lAngleterre était donc, auxvi' siècle, tout autre que celui du continent; mal-gré la tyrannie des Tudor, malgré le triomphe sys-tématique de la monarchie pure, il y avait cepen-dant un ferme point dappui, un sur moyendaction pour le nouvel esprit de liberté.

Deux besoins nationaux coïncidèrent donc à cetteépoque en Angleterre : dune part, un besoin derévolution et de liberté religieuse au sein de la Ilé-

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forme déjà commencée; de lautre, un besoin de li-berté politique au sein de la monarchie pure enprogrès; et ces deux besoins pouvaient invoquer,pour aller plus loin, ce qui avait déjà été fait danslune et lautre voie. Ils sallièrent. Le parti qui vou-lait poursuivre la réforme religieuse invoqua la li-berté politique au secours de sa foi et de sa con-science , contre le roi et les évêques. Les amis de laliberté politique recherchèrent lappui de la réformepopulaire. Les deux partis sunirent pour lutter con-tre le pouvoir absolu dans lordre temporel et danslordre spirituel, pouvoir concentré tout entier en-tre les mains du roi. Cest lorigine et le sens dela révolution anglaise.

Elle fut donc essentiellement vouée à la défenseou à la conquête de la liberté. Pour le parti reli-gieux cétait un moyen, pour le parti politique unbut; mais pour tous les deux cétait de liberté quilsagissait, et ils étaient obligés de la poursuivre encommun. Il ny a pas eu, entre le parti épiscopal etle parti puritain, de véritable querelle religieuse;la lutte ne sest guère engagée sur les dogmes, surlobjet de la foi proprement dite; non quil ny eûtentre eux des différences dopinions très-réelles,très-importantes même et de grande conséquence;mais ce nétait pas le point capital. La libertépratique était ce que le parti puritain voulait arra-cher au parti épiscopal ; cétait pour cela quil lut-tait. Il y avait bien aussi un parti religieux qui avaitun système à fonder, des dogmes, une discipline,une constitution ecclésiastique à faire prévaloir;cétait le parti presbytérien : mais, quoiquil y tra-vaillât de son mieux, il nétait pas en mesure de selivrer en ce point à tout son désir. Placé sur la dé-fensive, opprimé par les évêques, ne pouvant riensans laveu des réformateurs politiques, ses alliés etses chefs nécessaires , la liberté était pour lui lin-térêt dominant; intérêt général, pensée communede tous les partis qui coneouraieut au mouvement,quelle que fût leur diversité. A prendre les chosesdans leur ensemble, la révolution dAngleterre étaitdonc essentiellement politique; elle saccomplissaitau milieu dun peuple et dans un siècle religieux;les idées et les passions religieuses lui servaientdinstruments; mais son intention première et sonbut définitif étaient politiques, tendaient à la li-berté, à labolition de tout pouvoir absolu.

Je vais parcourir les différentes phases de cetterévolution, la décomposer dans les grands partis quisy sont succédé ; je la rattacherai ensuite au coursgénéral de la civilisation européenne; jy marqueraisa place et son influence; et vous verrez, par le dé-tail des faits comme au premier aspect, quelle abien été le premier choc du libre examen et de la