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CIVILISATION EN EUROPE.
monarchie pure, la première explosion de la luttede ces deux grandes forces.
Trois partis principaux se montrent dans cettepuissante crise; trois révolutions y étaient en quel-que sorte contenues, et se sont successivement pro-duites sur la scène. Dans chaque parti, dans chaquerévolution deux partis sont alliés et marchent en-semble, un parti politique et un parti religieux;le premier à la tête, le second à la suite, mais né-cessaires l’un à l’autre; en sorte que le double ca-ractère de l’événement est empreint dans toutes sesphases.
Le premier parti qui paraisse, celui sous la ban-nière duquel tous les autres ont marché d’abord,c’est le parti de la réforme légale. Quand la révolu-tion d’Angleterre a commencé, quand le long parle-ment s’est assemblé en 1040, tout le monde disait,et beaucoup de gens croyaient sincèrement que laréforme légale sullirait à tout; qu’il y avait dans lesanciennes lois, dans les anciennes pratiques dupays, de quoi remédier à tous les abus, de quoi ré-tablir un système de gouvernement pleinement con-forme au vœu public. Ce parti blâmait hautementet voulait sincèrement prévenir les impôts illégale-ment perçus, les emprisonnements arbitraires, lesactes réprouvés, en un mot, par les lois connues dupays. Au fond de ses idées était la croyance à la sou-veraineté du roi, c’est-à-dire au pouvoir absolu. Unsecret instinct l’avertissait bien qu’il y avait là quel-que chose de faux et de dangereux; aussi aurait-ilsouhaité qu’on n’en parlât jamais: cependant, pousséà bout et forcé de s’expliquer, il admettait dans laroyauté un pouvoir supérieur à toute origine hu-maine, à tout contrôle, et le défendait au besoin.Il croyait en même temps que cotte souveraineté,absolue en principe, était tenue de s’exercer suivantcertaines règles, certaines formes, quelle ne pouvaitdépasser certaines limites, et que ces règles, cesformes, ces limites étaient suffisamment établies etgaranties dans la grande Charte, dans les statutsconfirmatifs, dans les lois anciennes du pays. Telétait son symbole politique. En matière religieuse,le parti légal pensait que l’épiscopat avait grande-ment envahi; que les évêques avaient beaucoup tropde pouvoir politique, que leur juridiction était beau-coup trop étendue, qu’il fallait la restreindre et ensurveiller l’exercice. Cependant il tenait fortement àl’épiscopat, non-seulement comme institution ecclé-siastique, comme système de gouvernement de l’E-glise, mais comme appui nécessaire de la prérogativeroyale, comme moyen de défendre et de soutenir lasuprématie du roi en matière religieuse. La souve-raineté du roi dans l’ordre politique s’exerçant selonles formes el dans les limites légales reconnues; la
suprématie du roi dans l’ordre religieux, appliquéeel soutenue par l’épiscopat ; tel était le double sys-tème du parti légal, dont les principaux chefs étaientClarendon, Colepepper, lord Capel, lord Falklandlui-même, quoique ami plus chaud des libertés pu-bliques, et qui comptait dans ses rangs presque tousles grands seigneurs qui n’étaient pas servilementdévoués à la cour.
Derrière eux s’avançait un second parti que j’ap-pellerai parti de la révolution politique : celui-Iâpensait que les anciennes garanties, les anciennesbarrières légales avaient été et étaient insuffisantes;qu’il y avait un grand changement, une révolutionvéritable â faire, non pas dans les formes, maisdans la réalité du gouvernement; qu’il fallait retirerau roi et à son conseil l’indépendance de leur pou-voir, et placer dans la chambre des communes laprépondérance politique; que le gouvernement pro-prement dit devait appartenir à cette assemblée et àses chefs. Ce parti ne se rendait pas compte de sesidées, de ses intentions, aussi clairement, aussi sys-tématiquement que je le fais; mais c'était là le fondde ses doctrines, de ses tendances politiques. Aulieu de la souveraineté absolue du roi, de la monar-chie pure, il croyait à la souveraineté de la chambredes communes comme représentant le pays. Souscette idée était cachée celle de la souveraineté dupeuple, idée dont le parti était fort loin de mesurertoute la portée et de vouloir toutes les conséquences,mais qui se présentait à lui et qu’il acceptait sousla forme de la souveraineté de la chambre des com-munes.
Un parti religieux, celui des presbytériens, étaitétroitement uni au parti de la révolution politique.Les presbytériens voulaient faire dans l’Église unerévolution analogue à celle que leurs alliés médi-taient dans l’Etat. Ils voulaient faire gouverner l’É-glise par des assemblées, donner à une hiérarchied’assemblées engrenées les unes dans les autres lepouvoir religieux, comme leurs alliés voulaient don-ner le pouvoir politique à la chambre des commu-nes. Seulement la révolution presbytérienne étaitplus hardie et plus complète, car elle tendait à chan-ger la forme aussi bien que le fond du gouverne-ment de l’Eglise, tandis que le parti politique n’as-pirait qu’à déplacer les influences, la prépondérance,et ne méditait du reste aucun bouleversement dansla forme des institutions.
Aussi les chefs du parti politique n’étaient-ilspas tous favorables à l'organisation presbytériennede l’Église. Plusieurs d’entre eux, llampdeu etMollis, par exemple, auraient préféré, ce semble,un épiscopal modéré, réduit aux fonctions purementecclésiastiques, et plus de liberté de conscience.