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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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TREIZIÈME LEÇON. H3

Cependant ils se résignaient; ils ne pouvaient guèrese passer de leurs fanatiques alliés.

Un troisième parti demandait bien davantage;eelui- disait quil fallait changer à la fois le fondet la forme du gouvernement, que toute la consti-tution politique était vicieuse et fatale. Ce parti seséparait du passé de lAngleterre, renonçait auxinstitutions, aux souvenirs nationaux, pour fonderun gouvernement nouveau, selon la pure théorie,telle du moins quil la concevait. Ce nétait pas mêmeune simple révolution de gouvernement, mais unerévolution sociale quil voulait accomplir. Le partidont je viens de parler tout à lheure, le parti de larévolution politique, voulait introduire de grandschangements dans les relations du parlement avec lacouronne; il voulait étendre le pouvoir des cham-bres, surtout des communes, leur donner la nomi-nation aux grandes charges publiques, la directionsuprême des affaires générales; mais ses projets deréforme ne sétendaient guère au delà. Il navait au-cune idée de changer, par exemple, le système élec-toral, le système judiciaire, le système administratifet municipal du pays. Le parti républicain méditaittous ces changements, en proclamait la nécessité,voulait, en un mot, réformer non-seulement lespouvoirs publics, mais les relations sociales et ladistribution des droits privés.

Comme le précédent, ce parti se composait duneportion religieuse et dune portion politique. Dansla portion politique étaient les républicains pro-prement dits, les théoriciens, LudlowJ Harrington,Milton, etc. À côté deux se rangeaient des répu-blicains de circonstance, dintérêt, les principauxchefs de larmée, Irelon, Cromwell, Lambert, plusou moins sincères dans leur premier élan, maisbientôt dominés et conduits par des vues person-nelles et les nécessités de leur situation. Autourdeux se ralliaient le parti républicain religieux,toutes les sectes enthousiastes qui ne reconnaissaientdautre pouvoir légitime que celui de Jésus-Christ,et qui, en attendant sa venue, voulaient le gouver-nement de ses élus. A la suite du parti, enfin, unassez grand nombre de libertins subalternes et derêveurs fantastiques se promettaient, les uns, lalicence, les autres, légalité des biens, ou le suf-frage universel^

En 1653, messieurs, après douze ans de lutte, tousces partis avaient successivement paru et échoué; ilsdevaient le croire du moins, et le public en étaitconvaincu. Le parti légal, promptement dépassé,avait vu lancienne constitution, les anciennes loisdédaignées, foulées aux pieds, et les innovationspénétrant de toutes parts. Le parti de la révolutionpolitique voyait les formes parlementaires périr dans

le nouvel usage quil en avait voulu faire; il voyait,après douze ans de domination, la chambre descommunes réduite, par lexpulsion successive desroyalistes et des presbytériens, à un très-petit nom-bre de membres, méprisée, détestée du public, etincapable de gouverner. Le parti républicain sem-blait avoir mieux réussi : il était en apparence restéle maître du terrain et du pouvoir; la chambre descommunes ne comptait plus guère que cinquante ousoixante membres, tous républicains. Us pouvaientse croire et se dire les maîtres du pays. Mais le paysrefusait absolument de sen laisser gouverner; ils nepouvaient faire leur volonté nulle part; ils navaientaucune action sur larmée ni sur le peuple. Aucunlien, aucune sûreté sociale ne subsistait plus; lajustice nétait pas rendue, ou si elle létait, ce nétaitpas la justice; elle ne sadministrait que dans desintérêts de passion, de fortune, de parti. Et non-seulement il ny avait pas de sûreté dans les rela-tions des hommes, il ny en avait pas même sur lesgrandes routes : elles étaient couvertes de voleurs,de brigands; lanarchie matérielle aussi bien quelanarchie morale éclataient de toutes parts; et lachambre des communes et le conseil dÉtat républi-cain étaient sans force pour les réprimer.

Les trois grands partis de la révolution avaientdonc été successivement appelés à la conduire, àgouverner le pays selon leur science et leur volonté,et ils ne lavaient pu ; ils avaient tous les trois échouécomplètement; ils ne pouvaient plus rien. Ce futalors, dit Bossuet, « quun homme se rencontra qui» ne laissait rien à la fortune de ce quil pouvait lui» ôter par conseil et par prévoyance; » expressionpleine derreur et que dément toute lhistoire. Jamaishomme na plus laissé à la fortune que Cromwell;jamais homme na plus hasardé, na marché plustémérairement, sans dessein, sans but, mais décidéà aller aussi loin que le porterait le sort. Une ambi-tion sans limite, et une admirable habileté pourtirer de chaque jour, de chaque circonstance, quel-que progrès nouveau, lart de mettre la fortune àprofit sans jamais prétendre la régler, cest Crom-well. 11 lui est arrivé ce qui nest arrivé peut-être àaucun autre homme de sa sorte; il a suffi à toutesles phases, aux phases les plus diverses de la révo-lution; il a été lhomme des premiers et des dernierstemps, dabord le meneur de linsurrection, le fau-teur de lanarchie, le révolutionnaire le plus fou-gueux de lAngleterre, ensuite lhomme de la réac-tion antirévolutionnaire, lhomme du rétablissementde lordre, de la réorganisation sociale; jouant ainsià lui seul tous les rôles que, dans le cours des révo-lutions, se partagent les plus grands acteurs. On nepeut dire que Cromwell ait été Mirabeau; il man-