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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN EUROPE.

la diplomatie française à cette époque. Les noms deMM. de Torcy, dAvaux, de Bonrepaus sont connusde tous les hommes instruits. Quand on compare lesdépêches, les mémoires, le savoir-faire, la conduitede ces conseillers de Louis XIV, avec celle des né-gociateurs espagnols, portugais, allemands, on estfrappé de la supériorité des ministres français; non-seulement de leur sérieuse activité, de leur appli-cation aux affaires, mais de leur liberté desprit;ccs courtisans dun roi absolu jugent les événementsextérieurs , les partis, les besoins de la liberté, lesrévolutions populaires, beaucoup mieux que la plu-part des Anglais eux-mêmes de cette époque. Il nya de diplomatie en Europe au xvn' siècle, qui pa-raisse égale à la diplomatie française, que la diplo-matie hollandaise. Les ministres de Jean de Wyltet de Guillaume dOrange, de ces illustres chefs duparti de la liberté civile et religieuse, sont les seulsqui paraissent en état de lutter contre les serviteursdu grand roi absolu.

Vous le voyez, messieurs, soit quon considèreles guerres de Louis XIV, ou ses relations diploma-tiques, on arrive aux mêmes résultats. On conçoitcomment un gouvernement qui conduisait de lasorte ses guerres et ses négociations, devait pren-dre en Europe une grande consistance, et sy pré-senter non-seulement comme redoutable, maiscomme habile et imposant.

Portons nos regards dans lintérieur de la France,sur ladministration et la législation de Louis XIV;nous y trouverons de nouvelles explications de laforce et de léclat de son gouvernement.

Il est difficile de déterminer avec quelque préci-sion ce quon doit entendre par ladministrationdans le gouvernement dun État. Cependant, quandon essaye de se rendre compte de ce fait, on recon-naît, je crois, que, sous le point de vue le plus gé-néral, ladministration consiste dans un ensemblede moyens destinés à faire arriver le plus prompte-ment, le plus sûrement possible, la volonté du pou-voir central dans toutes les parties de la société, età faire remonter vers le pouvoir central, sous lesmêmes conditions, les forces de la société, soit enhommes, soit en argent. Cest, si je ne me trompe,le véritable but, le caractère dominant de ladmi-nistration. On voit daprès cela que, dans les temps il est surtout nécessaire détablir de lunité et delordre dans la société, ladministration est le grandmoyen dy parvenir, de rapprocher, de cimenter,dunir des éléments incohérents, épars. Telle a étélœuvre en effet de ladministration de Louis XIV.Jusquà lui, il ny avait rien eu de plus difficile, enFrance comme dans le reste de lEurope, que defaire pénétrer laction du pouvoir central dans toutes

les parties de la société, et de recueillir dans le seindu pouvoir central les moyens de force de la société.Cest à cela que Louis XIV a travaillé et réussi jus-quà un certain point, incomparablement mieux dumoins que les gouvernements précédents. Je ne puisentrer dans aucun détail ; mais parcourez les ser-vices publics de tout genre, les impôts, les routes,lindustrie, l'administration militaire, tous les éta-blissements qui appartiennent à une branche dad-ministration quelconque; il ny en a presque aucundont vous ne trouviez soit lorigine, soit le dévelop-pement , soit la grande amélioration sous le règnede Louis XIV. Cest comme administrateurs que lesplus grands hommes de son temps, Colbert, Lou-vois, ont déployé leur génie et exercé leur minis-tère. Ce fut par que son gouvernement acquitune généralité, un aplomb, une consistance quimanquaient autour de lui à tous les gouvernementseuropéens.

Sous le point de vue législatif, ce règne vous of-frira le même fait. Je reviens à la comparaison dontjai parlé en commençant, à lactivité législative dugouvernement consulaire, à son prodigieux travailde révision, de refonte générale des lois. Un travaildu même genre a eu lieu sous Louis XIV. Lesgrandes ordonnances quil promulgua, l'ordonnancecriminelle, les ordonnances de procédure, du com-merce, de la marine, des eaux et forêts, sont descodes véritables qui ont été faits de la même ma-nière que nos codes, discutés dans lintérieur duconseil dÉtat, quelques-uns sous la présidence deLamoignon. Il y a des hommes dont la gloire estdavoir pris part à ce travail et à cette discussion,M. Pussort par exemple. Si nous voulions la consi-dérer en elle-même, nous aurions beaucoup à direcontre la législation de Louis XIV; elle est pleinede vices qui éclatent aujourdhui, et que personnene peut contester ; elle na point été conçue danslintérêt de la vraie justice et de la liberté, maisdans un intérêt dordre public, pour donner auxlois plus de régularité, de fixité. Mais cela seul étaitalors un grand progrès; et lon ne peut douter queles ordonnances de Louis XIV, très-supérieures àlétat antérieur, naient puissamment contribué àfaire avancer la société française dans la carrière dela civilisation.

Vous voyez, messieurs, que sous quelque pointde vue que nous envisagions ce gouvernement, nousdécouvrons bientôt les sources de sa force et de soninfluence. Cest, à vrai dire, le premier gouverne-ment qui se soit présenté aux regards de lEuropecomme un pouvoir sûr de son fait, qui neût pas àdisputer son existence à des ennemis intérieurs,tranquille sur son territoire, avec son peuple, et