CIVILISATION EN FRANCE.
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tcsquicu n’a pas dit formellement, mais il a eu l’airde croire (1) que ce code était, au v e siècle, toute laloi romaine, l’ensemble de la législation romaine.Il n’en est rien. Le code Théodosien est un recueildes constitutions des empereurs depuis Constantinjusqu’à Théodose le jeune, publié par ce dernieren 438. Indépendamment de ces constitutions, lesanciens sénatus-consulles, les anciens plébiscites, laloi des douze tables, les édits des préteurs, enfinles opinions des jurisconsultes faisaient partie dudroit romain. Tout récemment même, et par uneconstitution de Valentinien III, en 426, cinq desgrands jurisconsultes, Papinicn, Ulpien, Paul, GaïuselModeslin avaient reçu expressément force de loi.Cependant il est vrai de dire que, sous le point devue pratique, le code Théodosien était la loi la plusimportante de l’empire; c’est aussi le monument quirépand le plus de lumières sur cette époque (2).
Le second document original est la Notitia im-perii romani, véritable almanach impérial du v c siè-cle, qui contient le tableau de tous les fonctionnairesde l’empire, de toute l’administration, de tous lesrapports du gouvernement avec les sujets (3). LaNotitia a été savamment commentée par le juris-consulte Pancirole; nul ouvrage ne contient autantde faits singuliers et curieux sur l’état intérieur decelte société.
Enfin, je citerai comme troisième source originaleles grandes collections des actes des conciles. Il yen a deux : la collection des conciles tenus dans lesGaules, publiée par le père Sirmond (4), avec unvolume de supplément de Lalande (3), et la col-lection générale des conciles, du père Labbe (6).
Quant aux travaux modernes, voici d’abord lesouvrages français que vous pouvez, je crois, consul-ter avec le plus de fruit :
1° La Théorie des lois politiques de la monarchiefrançaise, ouvrage assez peu connu, publié au com-mencement de la révolution (7), et composé par unefemme, mademoiselle de Lézardière; ce n’est guèrequ’un recueil des textes originaux, soit législatifs,soit historiques, sur l’état, les mœurs, les institutionsgauloises et franques du in' au ix' siècle. Mais cestextes sont recueillis, mis en ordre, et traduits avecune science et une exactitude très-peu communes.
2° Je me permettrai de vous indiquer aussi lesEssais que j’ai publiés sur l’histoire de France (8),et dans lesquels je me suis surtout appliqué à re-
(4) Esprit de» Loi», liv. XXVM, chap. IV.
(2) 6 vol. in-fol., avec les commentaires de J. Godefroi. — Édit, deIlitter. — Leipzig, 1 738.
(3) La meilleure édition est celle qui se trouve dans le t. vu des Anti-quités romaines de Grævius.
(4) 3 vol. in-fol. — Paris, 1629.
(B) 1 vol. in-fol. — Paris, 4060. I
tracer, sous ses diverses faces, l’état de la sociétéimmédiatement avant et après la chute de l’empireromain.
Quant à l’histoire ecclésiastique, celle de Fleuryme paraît la meilleure.
Ceux d’entre vous, messieurs, qui savent l’alle-mand, feront bien de lire :
1° L’ Histoire du droit romain dans le moyen âge,par M. de Savigny (9) ; ouvrage destiné à montrerque le droit romain n’a jamais péri en Europe, etse retrouve, du v* au xin° siècle, dans une multituded’institutions, de lois et de coutumes. L’état moralde la société n’y est pas toujours bien compris., nireprésenté avec vérité; mais, quant aux faits, lascience et la critique y sont supérieures.
2° L 'Histoire générale de l’Église chrétienne, parM. Henke (10) ; ouvrage peu'développé, et qui laissebeaucoup à désirer quant à l’intelligence et à l’ap-préciation morale des faits, mais savant, judicieux,et écrit avec une indépendance d’esprit assez rareen pareille matière.
5° Le Manuel d’histoire ecclésiastique de M. Gie-seler (11); le dernier et le plus complet, en cettematière, de ces savants résumés, si répandus enAllemagne, et qui servent de guide lorsqu’on veutapprofondir une étude.
Vous avez probablement déjà remarqué, mes-sieurs, que je vous indique ici deux sortes d’ouvrages,les uns relatifs à l’histoire civile, les autres àl’histoire ecclésiastique. C’est qu’en effet il y avaità cette époque, dans le monde romain, deux sociétéstrès-différentes, la société civile et la société reli-gieuse. Elles différaient non-seulement par leurobjet, non-seulement parce qu’elles étaient régiespar des principes et des institutions diverses, non-seulement parce que l’une était vieille et l’autrejeune; entre elles existait une diversité bien plusimportante et plus profonde. La société civile sem-blait chrétienne comme la société religieuse; lessouverains, les peuples avaient en immense majoritéembrassé le christianisme; mais, au fond, la sociétécivile était païenne; elle tenait du paganisme sesinstitutions, ses lois, ses mœurs. C’était la sociétéque le paganisme avait faite, nullement celle duchristianisme. La société civile chrétienne ne s’estdéveloppée que plus tard, après l’invasion des bar-bares; elle appartient à l’histoire moderne. Auv* siècle, malgré les apparences extérieures, il y
(6) 48 vol. in-fol. — Parts, 4672.
(7) En 4792 ; 8 vol. in-8<>. — Paris.
(8) 4 vol. in-8o. Paris. — Bruxelles , 2 vol. in- 48.
(9) 4 vol. in-8°.
(40) 6 vol. in-8°, 4 e édit. — Brunswick, 4800.
I (11) 3 vol. in-8». — Bonn, 4827.