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CIVILISATION EN FRANCE.
dans ses capitulaires propres, les cite comme uncode officiel, un diacre de Mayence appelé Benoît,ajouta, vers842, à la demande de son archevêque,Otger, trois nouveaux livres qui forment ainsi lesv*, vi* et vit" livres du recueil, et contiennent :
Le v" 403 capitula.
Le vi° 436
Le vii' 478
En tout, 1697.
Mais indépendamment des capitulaires qu’An-ségise avait omis, ou de ceux qui avaient été ren-dus depuis la rédaction de son recueil, les troislivres du diacre Benoît renferment une foule d’actestout à fait étrangers aux rois carlovingiens, parexemple, des fragments du droit romain, pris dansle code Théodosien, dans le Breviarium des Visi-goths, dans Justinien, Julien, etc. On y trouvemême des fragments considérables du fameux re-cueil connu sous le nom de fausses Décrétales, ouprétendus canons, et autres actes des premiers pa-pes, recueil qui commençait à peine à se répandre,et que le diacre Benoit mit un des premiers envogue; si bien que beaucoup de savants lui en ontattribué la fabrication.
Enfin, outre ces sept livres, quatre supplémentsqui y ont été joints plus tard, sans qu’on en con-naisse les auteurs, portent à 2,100 le nombre desarticles de ce recueil.
Sous l’une et sous l’autre de ces deux formes,les ca ' ’ es ont été '"és plusieurs fois. Lameilleure de ces éditions est, sans contredit, cellede Baluze, en deux volumes in-fol., Paris, 1677.C’est non-seulement la meilleure, mais indépen-damment de toute comparaison, elle passe pourexcellente : « De toutes les sources du droit du» moyen âge, vient de dire tout récemment M. de.» Savigny (1), aucune n’a été aussi bien travaillée et» rendue d’un usage aussi commode que les capi-» tulaires dans l’excellente édition de Baluze. »Elle est, en effet, beaucoup plus complète et plussoignée que celles de Lindenbrog, Pilhou, Ilérold,du Tillet, etc. Baluze avait rassemblé un grandnombre de manuscrits; il a publié des fragmentset des capitulaires entiers jusque-là inédits; sontravail peut être regardé comme une grande etbonne collection de textes; mais, à vrai dire, c’estlà tout son mérite. Ces textes n’ont été l’objet d’au-cun examen, d’aucune révision critique; Baluzeles a donnés tels quels, sans s’inquiéter de savoir si
(1) Histoire du Droit Bornai» dans le moyen âge, t. n, p. Oi, not. 30 ;édit. allem.
(2) Suus la date de l'année 798 ; Baluze , t. n* - , col 2b 1.
les copistes ne les avaient pas brouillés et chargésde fautes. C’eût été sans doute une grande erreurque de vouloir introduire dans les capitulaires unordre étranger aux idées du législateur primitif, deles classer systématiquement, d’en retrancher lesrépétitions émanées du législateur lui-même, et quisont l’un des caractères de son ouvrage. Mais il y a,dans les manuscrits, une confusion, une incorrec-tion qui proviennent évidemment des copistes seuls:une foule de mots dénaturés; une foule d’articleshors de leur place; des variantes de manuscritssont présentées comme des capitulaires différents. Jen’ai garde de prétendre à vous entretenir ici detoutes les méprises de ce genre et à en discuter larectification; mais il importe de savoir qu’ellesabondent; que les deux volumes de Baluze contien-nent, non une édition, mais seulement les maté-riaux d’une véritable édition des capitulaires, etqu’un long et. difficile travail de critique serait àfaire pour l’en tirer.
Abordons l’examen des capitulaires mêmes.
Au premier coup d’œil, il est impossible de nepas être frappé de la confusion qui règne sous cemot; il couvre indistinctement tous les actes insé-rés dans ce recueil de Baluze ; et pourtant la plupartsontessentiellementdifférents. Qu’arriverait-il, mes-sieurs, si dans quelques siècles on prenait tous lesactes d’un gouvernement de nos jours, de l’adminis-tration française par exemple, sous le dernier règne,et que, les jetant pêle-mêle sous un même nom, ondonnât ce recueil pour la législation, le code de celteépoque? Évidemment, ce serait un chaos absurde ettrompeur; des lois, des ordonnances, des arrêtés ,des brevets, des jugements, des circulaires, y se-raient au hasard rapprochés, assimilés, confondus.C’est précisément ce qui est arrivé pour les capitu-laires. Je vais décomposer sous vos yeux le recueilde Baluze en classant, selon leur nature et leur ob-jet, les actes de tous genres qui s’y trouvent : vousverrez quelle en est la variété.
On y rencontre , sous le nom de capitulai-res :
1“ D’anciennes lois nationales révisées et publiéesde nouveau, la loi salique par exemple (2).
2 e Des extraits des anciennes lois, salique, lom-barde, bavaroise, etc., extraits publiés évidem-ment dans une intention particulière, pour un cer-tain lieu, un certain moment, et à l’occasion dequelque besoin spécial que rien ne nous indiqueplus (3).
3 e Des additions aux anciennes lois, à la loi sa-
(3) Extrait de la loi des Lombards ; cap., a. 801 ; Bal., 1. 1 ", col. 349. —De la loi des Ripuaires ; cap., a. 803 ; t. i* f , eol. 393.