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CIVILISATION EN FRANCE.
de canons. Elles sont presque toutes rédigées dansl’intérêt du pouvoir des évêques. Vous vous rap-pelez qu’à l’avénement de la race carlovingienne,l’aristocratie épiscopale, bien qu’elle eût prévalu,était dans une complète dissolution : Charlemagnel’a reconstituée; elle a repris, sous sa main, la ré-gularité, l’ensemble qu’elle avait perdus, et estdevenue, pour des siècles, le régime dominant del’Église. Je vous en entretiendrai plus tard avecdétail.
VII. La législation domestique ne contient quece qui est relatif à l’administration des biens pro-pres, des métairies de Charlemagne. Un capitulairetout entier, intitulé de villis, est un recueil dediverses instructions adressées, à différentes épo-ques de son règne, aux employés de ses domaines,et qu’on a rassemblées, à tort, sous la forme d’unseul capitulaire. M. Anton a donné, dans son His-toire de VAgriculture allemande au moyen âge (I),un commentaire très-curieux sur ce capitulaire, etsur tous les détails domestiques qui s’y rencontrent.
VIII. La législation de circonstance est peu con-sidérable; douze articles seulement appartiennent àce chef, et j’en ai tout à l’heure cité quelques-uns.
Je borne ici, messieurs, cet exposé beaucouptrop bref, sans doute, et pourtant plus détaillé,
plus précis, je crois, qu’on ne Ta fait encore, de lalégislation de Charlemagne et de son objet. Je dislégislation, pour me servir du mot dont on se sertcommunément; car il est clair qu’il n’y a rien làde ce que nous appelons un code, et que Charle-magne a fait, dans ses capitulaires, tout autre choseque de la législation. Les capitulaires sont, à vraidire, l’ensemble des actes de son gouvernement, desactes publics de tout genre par lesquels s’est mani-festée son autorité. Il est évident que le recueil quinous reste est fort loin de contenir tous ces actes,et qu’il nous en manque un grand nombre. Il y ades années entières pour lesquelles nous n’avonspoint de capitulaires; on remarque, dans ceux quenous possédons, des dispositions qui se rapportentà des actes que nous n’avons plus. Le recueil deBaluze est un recueil de fragments; ce sont les dé-bris mutilés, non de la législation seule, mais detout le gouvernement de Charlemagne. C’est là lepoint de vue dans lequel devra se placer quiconquevoudra faire des capitulaires une étude précise, lescomprendre et les expliquer.
Dans notre prochaine réunion, nous commence-rons à nous occuper de l’état des esprits à la mêmeépoque, et de l’inlluence de Charlemagne sur ledéveloppement intellectuel.
VINGT-DEUXIÈME LEÇON.
De la décadence intellectuelle dans la Gaule-Franque du y® au mie siècle. — Des ses causes. — Elle cesse sous le règne deCharlemagne. — Difficulté de peindre l’état de l’esprit humain à cette époque. — Alcuin en est le représentant le pluscomplet et le plus fidèle. — Vie d'Alcuin. — De ses travaux pour la restauration des manuscrits. — Pour la restauration desécoles. — De son enseignement dans l’école du palais. — De ses relations avec Charlemagne. — De sa conduite comme abbéde Saint-Martin de Tours. — De ses ouvrages : — lo théologiques j — 2o philosophiques et littéraires ; — 3« historiques j —4<> poétiques. — De son caractère géuéral.
Messieurs,
J’ai dit, et je tiens pour établi que, du V e auviii 0 siècle, la décadence a été, dans la Gaule-Fran-que, constante, générale; qu’elle est le caractèreessentiel du temps, et ne s’est arrêtée que sous lerègne de Charlemagne.
(\) En allemand, t. i« r , p. 177-313.
Si ce caractère a été quelque part plus visible,plus éclatant que partout ailleurs, c’est dans l’or-dre intellectuel, dans l’histoire de l’esprit humainà cette époque. Rappelez-vous, je vous prie, parquelles vicissitudes nous l’avons vu passer. A la findu iv' siècle, deux littératures, deux philosophies,la littérature profane et la littérature sacrée, la phi-losophie païenne et la théologie chrétienne, mar-chaient pour ainsi dire côte à côte. A la vérité, la