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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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VINGT-TROISIÈME LEÇON. 529

trer dans de trop longs détails. Les deux dernierssont en forme de dialogue entre Alcuin et Charle-magne, et ont évidemment pour objet dinstruireCharlemagne des procédés des anciens sophistes etrhéteurs, surtout en ce qui concerne la dialectiqueet léloquence judiciaire.

5 Les œuvres historiques dAlcuin sont de peudimportance : elles se bornent à quatre vies desaints, saint Waast, saint Martin, saint RiquieretsaintWillibrod. La dernière contient cependant desdétails assez curieux pour lhistoire des mœurs. Al-cuin avait écrit, dit-on, une histoire de Charlema-gne, en particulier de ses guerres contre les Saxons;mais cet ouvrage est perdu, sil est vrai quil ait ja-mais existé.

4° Ses œuvres poétiques, quoique nombreuses,sont aussi de peu de valeur : il y a deux cent qua-tre-vingts pièces de vers, sur toutes sortes de sujets,la plupart sur des circonstances du moment. Laprincipale est le poème sur les évêques et les saintsde lÉglise dYork; il mérite dêtre lu, comme ren-seignement sur létat intellectuel du temps.

Je regrette, messieurs, de ne pouvoir entrer plusavant dans lexamen de ces monuments dun espritsi actif et si distingué. Quelques personnes pense-ront peut-être que je my suis arrêté bien longtemps;pour moi, je trouve que jy ai jeté à peine un coup

dœil; et, si nous en faisions une étude approfondie,nous y trouverions, nen doutez pas, plaisir et profit :mais il faut se borner. En résumé, voici quels meparaissent être le caractère général, la physionomieintellectuelle dAlcuin et de ses travaux. Il est théo-logien de profession ; latmosphère il vit, vitle public auquel il sadresse, est essentiellementthéologique : et pourtant lesprit théologique nerègne point seul en lui; cest aussi vers la philoso-phie, vers la littérature ancienne que tendent sestravaux et ses pensées; cest ce quil se plaîtaussi à étudier, à enseigner, ce quil voudrait fairerevivre. Saint Jérôme et saint Augustin lui sont très-familiers; mais Pylhagore, Aristote, Aristippe,Diogène, Platon, Homère, Virgile, Sénèque, Pline,reviennent aussi dans sa mémoire. La plupart deses écrits sont théologiques; mais les mathémati-ques, lastronomie, la dialectique, la rhétorique lepréoccupent habituellement. Cest un moine, undiacre, la lumière de lÉglise contemporaine; maiscest en même temps un érudit, un lettré classique.En lui commence enfin lalliance de ces deux élé-ments dont lesprit moderne a si longtemps portélincohérente empreinte, lantiquité et lÉglise,ladmiration, le goût, dirai-je le regret de la litté-rature païenne, et la sincérité de la foi chrétienne,lardeurà sonder ses mystères et défendre son pouvoir.

VINGT-TROISIÈME LEÇON.

Classification des hommes célèbres du siècle de Charlemagne. lo De Leidrade, archevêque de Lyon. Sa lettre à Charlemagnesur ce quil a fait dans son diocèse. 2o De Théodulf, évêque dOrléans. Ses mesures pour linstruction du peuple.Son poème intitulé : Exhortation aux juges. 3» De Smaragde, abbé de Saint-MIhiel. Son traité de morale pour lesrois, intitulé : Via regia. 4o DEginhard. Son prétendu mariage avec une fille de Charlemagne. Leurs relations.Ce quil devint après la mort de ce prince. Ses lettres. Sa Vie de Charlemagne. Résumé.

Messieurs ,

Quand jai mis sous vos yeux le tableau deshommes célèbres du siècle de Charlemagne, jy aicompris ceux qui étaient morts et ceux qui étaientnés sous son règne, ses contemporains proprementdits et ceux qui lui ont survécu longtemps; les pre-miers, trouvés pour ainsi dire et employés par lui,les seconds formés sous son influence. Distinction

importante quand on veut apprécier avec équité uneépoque et linfluence dun homme. Un souverain ar-rive au pouvoir au milieu de circonstances, souslempire de causes antérieures et indépendantes desa volonté; elles ont semé autour de lui des hommesdistingués; il les recueille, mais il ne les a pointfaits; son mérite consiste à savoir les reconnaître,les accepter, sen servir; mais ils ne sont pas le ré-sultat de son action; il ne faut point la juger à leur

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cuzor.