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CIVILISATION EN FRANCE.
Saxons, les Slaves, les Avares, etc. En retranchantl’emphase et les larmes que le chroniqueur a sansdoute ajoutées, on y voit qu’à la fin de sa vie, Char-lemagne était préoccupé des périls qui menaçaientde tous côtés son empire. Plusieurs autres textes,moins précis, indiquent en lui la même inquiétude.Il était cependant bien loin, à coup sûr, de prévoircombien peu cet empire lui survivrait, et jusqu’àquel point la dissolution serait poussée.
Je ne songe pas à vous en raconter les événe-ments; mais je voudrais en mettre sous vos yeuxles principales crises, et vous en indiquer lescauses.
Elle a eu lieu entre la mort de Charlemagneen 814, et l’avénement de Hugues Capet en 987.Toute cette époque a été employée à l’accomplis-sement de ce grand travail. C’est par la chute de
la race des Carlovingiens et l’avénement des Capé-tiens qu’il a été définitivement consommé.
A la mort de Charlemagne, son empire s’éten-dait, du nord-est au sud-ouest, de l’Elbe, en Alle-magne, à l’Èbre, en Espagne; du nord au midi, ilallait de la mer du Nord jusqu’à la Calabre, presqueà l’extrémité de l’Italie. Son pouvoir s’exerçait sansdoute fort inégalement dans ce vaste territoire; surbeaucoup de points on ne lui obéissait pas, on n’en-tendait même point parler de lui, et il ne s’en in-quiétait pas : cependant c’était là son empire.
Au bout de vingt-neuf ans, en 843, après letraité de Verdun, par lequel les fils de Louis leDébonnaire, Lothaire, Charles le Chauve et Louisle Germanique se partagèrent cet empire, voici cequ’il était devenu : il formait trois royaumes, divisésselon ce tableau :
TABLEAU DU DÉMEMBREMENT DE L’EMPIRE DE CHARLEMAGNE EN 843.
1 .
2.
3.
ROYAUME DE FRANCE.
ROYAUME DE GERMANIE.
ROYAUME D’ITALIE.
CHARLES LE CUAIIVE.
LOUIS LE GERMANIQUE.
LOTHAIRE 1 er , EMPEREUR.
(840-871.)
(840-876.)
(840-855.)
II comprenait les pays situés en-tre l’Escaut, la Meuse, la Saône,le Rhône, la mer Méditerranée,l’Èbre et l’Océan.
Il comprenait les pays situés en-tre le Rhin, la mer du Nord, l’Elbeet les Alpes.
Il comprenait : 1» l’Italie, saufla Calabre; 2° les pays situés entrele Rhône, la Saône et la Meuse àl’occident, le Rhin et les Alpes àl’orient, c’est-à-dire la Provence,le Dauphiné, la Savoie, la Suisse,la Franche-Comté, une partie dela Bourgogne, la Lorraine, l’Alsaceet une partie des Pays-Bas.
Et ne croyez pas que chacun de ces royaumes fûtune unité bien compacte : dans celui de France, leseul dont nous ayons à nous occuper spécialement,deux princes, Pépin II en Aquitaine (depuis l’an 833),et Noménoé en Bretagne (depuis l’an 840), prenaientégalement le titre de roi, et enlevaient à Charles leChauve la souveraineté d’une partie considérable duterritoire.
Le démembrement poursuivit son cours : qua-rante-cinq ans après cette époque, en 888, à lamort de Charles le Gros, le dernier des Carlo-vingiens qui ait paru réunir un moment tous lesÉtats de Charlemagne, voici où il en était venu.Au lieu de trois royaumes, nous en trouvonssept :