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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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VINGT-CINQUIÈME LEÇON.

ou laïques, ce sont des intérêts de classes ou de per-sonnes qui se défendent ou se poussent auprès duprince; ils réclament tantôt quelque redressementde grief, tantôt quelque extension de privilèges.Leurs réclamations sont plus ou moins puissantes,plus ou moins légitimes, mais ce nest plus du peu-ple tout entier, ni du gouvernement du peuple quilsagit; la législation politique nest plus une législa-tion publique; elle a changé de caractère; elle statuesur des intérêts privés.

5° Elle a en même temps changé de ton. La lé-gislation de Charlemagne est, en général, conciseet impérative. Elle défend ou ordonne, sans se ré-pandre en phrases et en dissertations. Ainsi doiventêtre rédigées les lois. Ce ne sont point des thèsesde philosophie, ni des pièces déloquence; ellesnont pour objet ni de soutenir des doctrines, nidémouvoir des passions; prescrire ou interdire,tel est leur but, et elles perdent toujours à senécarter. La législation de Charlemagne y tend, engénéral, tout droit. Il en est tout autrement danscelle de Charles le Chauve. On y cherche et on ydécouvre à grandpeine le commandement et la pro-hibition , noyés dans les raisonnements, les exhor-tations, les conseils, les prières. Ce ne sont plusdes lois véritables, mais tantôt des sermons adressésà des esprits quon essaye de persuader, tantôt desnégociations avec des hommes dont on nespère êtreun peu obéi quen leur obéissant à son tour.

Ceci nous mène au plus grand changement légis-latif quon remarque entre les deux époques, aucaractère vraiment nouveau de la législation deCharles le Chauve et de ses successeurs; caractère se révèle clairement lapproche du régime féodal.

Je vous disais tout à lheure quon trouvait, dansles capitulaires des derniers Carlovingiens, beau-coup dactes qui némanent point du roi seul, dupouvoir législatif central, et notamment plusieurstraités entre Charles le Chauve, par exemple, etses frères, ses neveux, ou dautres princes en pos-session de quelque portion du territoire de lempirede Charlemagne. Dans les cinquante et un capitu-laires de Charles le Chauve il y a neuf traités de cegenre. Mais ce nest pas tout, la législation presquetout entière est, à cette époque, une série de négo-ciations entre des pouvoirs séparés et indépendants.Sous Charlemagne, quelque divers quils fussent,soit quils fussent adressés aux agents du pouvoir ouà ses sujets, tous les actes du gouvernement por-taient le caractère dun supérieur qui commande àdes inférieurs. Lunité sociale et politique y étaitfortement empreinte. Sous Charles le Chauve lunitéa disparu; ce nest plus évidemment un pouvoir gé-néral qui commande; cest un pouvoir spécial qui

traite avec dautres pouvoirs ; un gouvernement quidéfend, contre dautres gouvernements, son terri-toire ou ses droits. Sur 529 articles que contiennentles capitulaires de Charles le Chauve, plus de centont celle apparence; la législation est venue de ladiplomatie. Or quel est, messieurs, le caractèredominant de la société féodale? Précisément le faitque nous observons. De petits États, de petitsgouvernements, se considérant comme indépendants,ou à peu près, chacun dans son territoire, se que-rellent, se combattent, senvoient réciproquementdes ambassadeurs, ont des conférences, concluentdes conventions. Pendant longtemps les rapports dela royauté avec les seigneurs féodaux dispersés surle territoire français ne sont pas autre chose ; seslois, ses chartes sont des traités; ses progrès sontdes cessions ou des conquêtes. Cest ce qui dis-tingue, ce qui caractérise la société féodale, à laconsidérer dans son ensemble. Eh bien! sous lesderniers Carlovingiens, ce caractère paraît déjàdans les lois : il ny a plus de législation proprementdite : il y a de la diplomatie entre les États indépen-dants.

Vous le voyez, messieurs, lhistoire de la légis-lation nous conduit aux mêmes résultats nousa conduits lhistoire proprement dite. Nous venonsde faire sur les lois la contre-épreuve de la questionque nous avions adressée aux événements; la réponseest la même : nous avons découvert, non-seulementla même tendance, mais la même progression dansle développement de faits si divers. Cest, si jene me trompe, la meilleure confirmation de notreapplication du démembrement de lempire des Car-lovingiens. Nous avons eu raison décarter commeincomplète celle qui se puise dans la diversité desraces, car vous voyez quelle répugne à lhistoire dela législation ; du ix' au xt° siècle, la diversité desraces, au lieu dexercer sur les lois plus dempire,cesse au contraire dy être un principe dominant etla source de la variété : les lois varient, non plusselon les races, mais selon les classes et les lieux.La diversité des races nexpliquerait donc point lhis-toire de la législation à cette époque, tandis que ledéveloppement progressif de la société féodale, laformation nécessitée dune multitude de petits Étatset de petits pouvoirs, parce que lÉtat et le pouvoirunique deviennent impossibles, rend compte égale-ment et des vicissitudes de la législation, et des vi-cissitudes de la société.

Je bornerai, messieurs, lhistoire des lois sousles Carlovingiens. Jy pourrais trouver encore letexte de beaucoup dobservations curieuses, maiselles exigeraient trop de détails, et nous entraîne-raient trop loin. Dans notre prochaine réunion,