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CIVILISATION EN FRANCE.
nous aborderons l’histoire de l’Église, de la sociétéreligieuse, à la même époque; et nous verrons si ellenous donnera des résultats analogues à ceux quevient de nous fournir l’histoire de la société civile.Permettez qu’avant de finir, je mette aujourd’huisous vos yeux un fait particulier qui ne se rattachaitpoint naturellement aux considérations dont je viensde vous occuper, et que cependant je suis bien aisede vous faire connaître. C’est la distribution descommissaires impériaux, missi dominici, envoyésdans le royaume de Charles le Chauve en 853, seuleannée sur laquelle cette distribution nous soit con-nue. La France fut divisée alors en quatre-vingt-six
districts ou circonscriptions territoriales. La coïnci-dence de ce nombre avec celui de nos départementsest un pur, mais singulier hasard. Quelques-uns deces 86 districts sont désignés comme comprenantplusieurs comtés. Ils sont répartis entre douze com-pagnies de missi, qui comprennent 43 missi ou com-missaires. Nous avons leurs noms et leurs qualifica-tions. Sur les 43,13 sont désignés comme évêques,5 comme abbés, et 25 sans qualification; c’étaientprobablement des laïques. A la tête de chaque missionest un évêque, au moins il est nommé le premier (1).
Il y a peu de conséquences à tirer de ce tableau,mais c’est un document curieux en soi.
VINGT-SIXIÈME LEÇON.
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Objet de la leçon. — Histoire intérieure de l’Église gallo-franque, du milieu du vm« siècle à la fin du — Anarchie qui yrègne dans la première moitié du vmo siècle. — Double principe de réforme. — La réforme est entreprise, en effet, sousles premiers Carlovingiens : 1° par le pouvoir civil ; 2» par le pouvoir ecclésiastique. — Réformes spéciales. — Institutdes chanoines. — Son origine et ses progrès. — Réforme des ordres monastiques par saint Benoit d'Aniane. — Ils changentde caractère. — Prépondérance du pouvoir temporel dans l’Église gallo-franque, à cette époque. — Preuves. — Cependantl’Église est en progrès vers sa prépondérance à venir. — Mais ce n’est pas au profit de son propre gonvervement, des évéquesde France, que ces progrès doivent tourner.
Messieurs,
Il y a six semaines en terminant la premièrepartie de ce cours, j’ai mis sous vos yeux l’histoirede l’Église gallo-franque jusqu’à l’avénement desCarlovingiens, vers le milieu du vin' siècle. Je l’aiconsidérée alors sous les deux points de vue aux-quels se rattachent toutes les questions qui se peu-vent élever à l’occasion d’une société religieuse;d’une part au dehors, dans ses relations avec la so-ciété civile, avec l’État; de l’autre au dedans, dansson organisation et son gouvernement intérieur. Etnon-seulement l’Église en général, mais ses deuxéléments distincts, les prêtres et les moines, leclergé séculier et le clergé régulier ont été pournous l’objet de ce double examen (2).
Il nous a conduits, vous vous le rappelez, à cerésultat qu’au commencement du vin' siècle, l’É-
(1) Cap. Car. calv., tit. ïiv, a. 835 ; Bal , t. icr } col. 68.
(2) V. la leçon, p. 289-297.
glise gallo-franque était en proie à une anarchietoujours croissante. À l’extérieur, loin de se sim-plifier et de se fixer, ses rapports avec l’État deve-naient de plus en plus confus, désordonnés, incer-tains ; le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel« vivaient au jour le jour, sans principes, sans» conditions arrêtées, se rencontrant partout, se» heurtant, se confondant, se disputant les moyens» d’action, luttant et transigeant dans les ténèbres» et au hasard (3). » À l’intérieur, dans son propregouvernement, la situation de l’Église n’était pasmeilleure : l’épiscopat y avait tout envahi ; le clergéinférieur luttait en vain pour conserver quelquesdroits, pour s’assurer quelques garanties. Et aprèsavoir tout envahi, l’aristocratie épiscopale étaitelle-même tombée dans une anarchie pleine d’im-puissance : presque plus de conciles; presque plusde pouvoir métropolitain ; l’égoïsme pénétrait là
(3) V, la 12e leçon, p. 2Î0-237.