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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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VINGT-SIXIÈME LEÇON.

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comme dans la société civile : chaque évêque gou-vernait à son gré son diocèse, despote envers sesinférieurs, indépendant de ses supérieurs et de seségaux. Les monastères nous ont offert à peu prèsles mêmes phénomènes. Si bien quà tout prendre,peu avant le milieu du vin' siècle, ce qui dominaitau sein de lÉglise comme de lÉtat, dans la Gaule-Franque, cétait la désorganisation.

Cependant, en même temps que nous avons re-connu ce fait, nous avons entrevu, sur les deuxrives du Rhin, et pour lÉglise comme pour lÉtat,les premières lueurs dun autre avenir. naissaientet grandissaient ensemble, dune part cette racedes Pépin, qui devait donner à la Gaule-Franquede nouveaux maîtres; de lautre, cette Église ger-manique qui, régulièrement et fortement organiséesous linfluence de la papauté, pouvait servir, pourla réforme des autres Églises en Occident, de pointdappui et de modèle.

Ainsi il arriva en effet. Vous avez vu, sous lespremiers Carlovingiens, lordre et la vie rentrerdans le gouvernement civil; vous allez, à la mêmeépoque et par les mêmes causes, assister dans lÉ-glise au même fait.

Il na pas besoin de démonstration; il éclate detoutes parts. De Pépin le Bref à Louis le Débonnaire,

il est impossible de ne pas être frappé du mouve-ment de réforme qui se prononce et se propage danslEglise gallo-franque. Lactivité et la règle y repa-raissent en même temps. Le gouvernement tempo-rel travaille de toutes ses forces à les y ramener.Pépin et Charlemagne commencent par tirer lépis-copat de lanarchie et de linertie ils le trouventplongé : ils relèvent le pouvoir des métropolitains,rassemblent fréquemment les évêques, s'occupentde rendre au gouvernement ecclésiastique son en-semble et sa régularité. Vers 747, sur la demandede Pépin, le pape Zacharie lui adresse une collec-tion de canons. En 774, Adrien I" en envoie à Char-lemagne une seconde beaucoup plus complète. EtCharlemagne ne se borne pas à répandre ces codesde la discipline ecclésiastique ; il veille soigneuse-ment à leur observation; il fait rendre des canonsnouveaux; ladministration religieuse est évidem-ment une des principales affaires de son gouverne-ment. 11 réussit en effet à réveiller dans lÉglisecette activité générale, régulière, depuis longtempspresque éteinte. Vingt conciles seulement avaientété tenus dans le vu siècle, et sept seulement dansla première moitié du vin*. A partir de Pépin ilsredeviennent fréquents : voici le tableau de ceuxqui se réunirent sous les rois Carlovingiens :

ROIS.

DATE

DE l'aVÉN.

ET DE

LA MORT.

NOMBRE

DES

CONCILES.

ROIS.

DATE

DE lavÉN.

ET DE

LA MORT.

NOMBIVE

DES

CONCILES.

Pépin le Bref.

752768

14

en

16 ans.

De la mort de Charles

Charlemagne.

768-814

33

en

46 ans.

le Chauve à Pavé-

Louis le Débonnaire.

814-840

29

en

26 ans.

nementde Hugues

Charles le Chauve.

840877

69

en

57 ans.

Capet.

877987

50

en 110 ans.

145

en

125 ans.

Total. . . .

201

en 235 ans.

Ce seul fait atteste dans la société ecclésiastiquele retour de lactivité, de la vie. Et celte activiténe se contentait pas de tenir des conciles, de réglerles affaires immédiates et spéciales du clergé ; ellesétendait aux besoins de la société religieuse engénéral, de tout le peuple chrétien, dans lavenircomme dans le présent. Cest le temps du perfec-tionnement définitif de la liturgie ; les écrits abon-dent sur les offices ecclésiastiques, leur célébration,leur histoire, et les règles sétablissaient à la suitedes écrits. Cest aussi le temps furent rédigés laplupart des pénitentieh ou codes pénaux ecclésias-tiques qui réglaient le rapport des pénitences aux

péchés : ils variaient souvent de diocèse à diocèse,et parurent en grand nombre avant quaucun acquîtune autorité un peu étendue. Alors aussi se multi-plièrent les homiliaires ou recueils de sermons àlusage des prêtres et des fidèles. Tout témoigne enun mot, à cette époque, une grande ardeur de tra-vail et de réforme, réforme poursuivie soit par lepouvoir civil qui concourt très-activement au gou-vernement de lEglise, soit par lÉglise elle-même,appliquée à rétablir dans son propre sein la règle etle progrès.

Deux réformes spéciales, entreprises et accom-plies par des individus isolés, la formation de lin-