Buch 
Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
Entstehung
JPEG-Download
 

534

CIVILISATION EN FRANCE.

stilut des chanoines et le rétablissement de la règleparmi les moines, attestent le même mouvement etcontribuèrent puissamment à laccélérer.

Vers lan 760, Chrodegand, évêque de Metz,frappé du désordre qui régnait dans le clergé sécu-lier et de la difficulté de gouverner des prêtresépars, vivant isolément et chacun à sa façon, entre-prit de soumettre à une règle uniforme ceux de sonéglise épiscopale, de les faire habiter et vivre encommun, de les constituer enfin en une associationanalogue à celle des monastères. Ainsi naquit lin-stitution des chanoines : le désordre des temps enfut loccasion, lordre monastique le modèle. Chro-degand sappliqua à rendre lassimilation aussi com-plète quil le put. La règle, en 54 articles, quildonna aux premiers chanoines, est presque textuel-lement empruntée à la règle de saint Benoît. Lestravaux, les délassements, les devoirs, tout lem-ploi du temps des chanoines, y sont réglés; les re-pas doivent être pris en commun, les vêtementsuniformes. Une différence fondamentale subsiste,il est vrai, entre les deux instituts; les chanoinespeuvent posséder des propriétés privées, tandis que,chez les moines, le monastère seul possède. Maisdans le détail de la vie, la ressemblance est minu-tieuse, et on sest évidemment appliqué à la cher-cher.

Il faut bien que linstitution répondît aux besoinsdu temps, car elle se propagea avec rapidité; beau-coup dévêques imitèrent Chrodegand ; lorganisa-tion du clergé des églises épiscopales en chapitresdevint générale; en 785, 789, 802 et 813, on voitle pouvoir civil et ecclésiastique la sanctionner avecempressement. Enfin, en 826, Louis le Débonnairefait rédiger en 145 articles, dans un concile tenuà Aix-la-Chapelle, une règle des chanoines, qui re-produit et étend celle de Chrodegand; et il lenvoieà tous les métropolitains de son royaume, pourquelle soit partout appliquée et devienne la disci-pline uniforme des églises.

11 semble que cette discipline devait rencontrer,dans le clergé séculier, beaucoup de résistance; ellele privait de la liberté désordonnée dont il avaitlongtemps joui; elle lui imposait un joug uniformeet assez rude. Mais une circonstance, à laquelle laplupart des historiens ont fait trop peu dattention,leva presque partout ces obstacles et favorisa puis-samment lextension du nouvel institut.

Je vous ai déjà fait remarquer (1) que les biensde lÉglise, dans chaque diocèse, étaient à la dispo-sition de lévêque, qui les administrait et en répar-lissait les revenus presque seul et arbitrairement;

[1) Leçon*, p. 237.

en sorte que les simples prêtres, et non-seulementles prêtres dispersés dans les campagnes, mais ceuxde la cité épiscopale, de léglise cathédrale même,dépendaient complètement de lévêque pour leurentretien , leur nourriture, les premiers et plus im-périeux besoins de la vie. Et comme un grand nom-bre dévêques se livraient à beaucoup de désordreset dépensaient, pour leur propre compte, les reve-nus de lEglise, lexistence des prêtres était fortchétive, précaire ; la pauvreté, la détresse mêmeétaient souvent leur condition.

Le mal était si réel que, lorsque beaucoup dé-vêques voulurent imiter ce quavait fait lévêque deMetz, réunir les prêtres de leur cathédrale dans unmême édifice, et leur faire mener une vie commune,le pouvoir temporel et spirituel crut devoir inter-venir pour défendre que cela se fit si lon navait,pour le nouvel établissement, des moyens de sub-sistance et dentretien assurés. Le concile deMayence ordonna, en 813, de faire la réforme « on en aurait les moyens; » et celui dAix-la-Cha-pelle, en 816, enjoignit aux évêques de se régler,pour ladmission des chanoines, sur les revenus deléglise.

Mais cet embarras ne dura pas longtemps. Quandon vit les prêtres ainsi enfermés, disciplinés, etmenant une vie aussi régulière, aussi sévère queles moines, il prit au peuple un redoublement derespect pour eux et de ferveur. Les dons aIIIlièrentaux chapitres comme aux monastères. Jamais peut-être tant déglises navaient été fondées et si biendotées; la plupart des cathédrales senrichirent ra-pidement, et beaucoup de donations sadressaientspécialement aux chanoines, devenus un objet dé-dification et dadmiration. Les simples prêtres sor-tirent ainsi, dans beaucoup de lieux, de létat dedétresse et de dépendance ils étaient plongés :le clergé séculier devint favorable au nouvel insti-tut, quoiquil en portât le joug; et la règle deschanoines joua bientôt, dans le mouvement de ré-forme de lEglise, à cette époque, un rôle très-im-portant.

En même temps saccomplissait une nouvelle ré-forme des moines, par linlluence dun homme quiprit le nom de leur premier réformateur en Occi-dent, de saint Benoît dAniane.

Benoît nétait pas son nom primitif; on ignorecelui quil portait; il était Golh de race, et en751, dans le diocèse de Maguelonne, en Septimanie, son père était comte. Envoyé dès son enfance àla cour de Pépin le Bref, il y fut page, échanson,homme de guerre, et prit part à plusieurs expédi-tions de Charlemagne. En 774, sans quaucun détailnous soit resté sur les aventures de sa vie laïque,