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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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VINGT-SIXIÈME LEÇON. 335

on le voit y renoncer et se faire moine dans l'ab-baye de Saint-Seine, dont je vous ai raconté la fon-dation (1). Il y devint bientôt le plus respecté desmoines, si respecté que, labbé étant mort, on vou-lut lui en conférer le titre : singulier rapport, vousle voyez, entre sa destinée et celle du grand réfor-mateur quil avait adopté pour modèle (2) ! Commesaint Benoît de Nursia sétait dabord refusé au vœudes moines de Vicovaro, Benoît dAniane repoussacelui des moines de Saint-Seine : ils nétaient pas,dit-il, capables de supporter la règle sévère quilvoulait rétablir; ils ne tarderaient pas à se soulevercontre lui. Les moines insistèrent, mais Benoît, plusobstiné que son patron , prit le parti de quitterlabbaye. Vers lan 780, il retourna dans la Gauleméridionale, et, toujours fidèle à lexemple de saintBenoît, se fit ermite sur les bords dun petit ruis-seau, lAniane, dans le diocèse de Maguelonne. Sacélébrité laccompagna, grandit même dans son er-mitage; une foule de compagnons, déjà moines ouavides de lêtre, se rassemblèrent autour de lui, etbientôt il se vit obligé de bâtir un grand monastère, il appliqua dans toute sa rigueur la réforme quilse proposait.

Cette réforme nétait au fond quun retour à larègle primitive de saint Benoît, dont je vous ai en-tretenus avec détail (3) et que, dans la plupart desmonastères, le relâchement de la discipline avaitfait abandonner. Benoît dAniane la publia de nou-veau, et recueillant en même temps les diversesrègles données aux monastères depuis leur originejusquà son temps, il en forma le codex regularum,véritable corps de droit de la société monastique,et le répandit dans la Gaule-Franque. Non contentde remettre ainsi la loi sous les yeux de ceux quidevaient lui obéir, il entreprit la réforme pratiquedes monastères; et, soit par lui-même, soit par desdisciples de son choix, laccomplit en effet dansceux de Gellone en Languedoc, de File Barbe prèsde Lyon, de Saint-Savin en Poitou , de Cormery enTouraine, de Massay en Berry, de Saint-Mesminprès dOrléans, de Marmünster en Alsace, et plu-sieurs autres. Une si grande œuvre attira bientôtsur son auteur la considération du peuple et deCharlemagne. En 794, on voit Benoît siéger auconcile de Francfort, et y prendre part à la condam-nation de lhérésie des Adopliens, dans la personnede Félix, évêque dUrgel. En 799, et par lordre deCharlemagne, il se rend à Urgel avec larchevêque

(1) Leçon 17e, p. 274.

(2) Leçon U*, p. 247-2S5.

(3) Ibid.

( 4 ) Art. 0.

{î>; Art. 7.

Leidrade pour prêcher les hérétiques. Enfin, en 815,Louis le Débonnaire lappela auprès de lui, le fitabbé dun grand monastère quil venait de fonder àInde, dans le voisinage dAix-la-Chapelle; et en 817Benoît présida lassemblée tenue spécialement àAix-la-Chapelle pour la réforme des ordres monas-tiques, assemblée uniquement composée de moineset dabbés, et dont il avait probablement provoquéla convocation.

De cette assemblée sortit en effet un grand capi-tulaire destiné à accomplir dune manière générale,et par la voie du pouvoir public, cette réforme queBenoît poursuivait en détail depuis si longtemps; ilcontient 80 articles et doit être considéré comme lecomplément et le commentaire de la règle de saintBenoît. Mais le commentaire diffère beaucoup dutexte, et ici se révèle, dans lesprit monastique, unerévolution quil importe de caractériser.

Rappelez-vous, je vous prie, combien, en analy-sant la règle de saint Benoît, nous lavons trouvée,malgré le sévère enthousiasme dont elle est le fruit,sensée, libérale même, cest-à-dire étrangère à tonsminutieux détails, à toute vue étroite; humaine etmodérée, quant à la vie pratique, au sein dunepensée générale fort rigide. Tout autre est le carac-tère de la règle additionnelle que contient le capi-tulaire de 817. Elle semble dabord navoir dautreobjet que de remettre en vigueur la règle primitive.Les trois premiers articles imposent à tout abbé lo-bligation de la relire en rentrant dans son monas-tère et de sen bien pénétrer, à tout moine celle delapprendre par cœur. Mais à ce début succède lalégislation la plus étrangère au texte et à lesprit delancienne loi ; une législation surchargée de puérilsdétails, de pratiques minutieuses, dobservancesvaines; en voici quelques exemples :

Que les moines ne se rasent point dans le carême , si cc nestle samedi saint. Pendant le resle de lannée , quils se rasentune fois tous les quinze jours, et à loctave de Pâques (4).

Que lusage des bains ail lieu au gré du prieur (H),

Quils no mangent de volaille ni au dedans ni au dehors dumonastère, si ce nest pour cause d'infirmité ; quaucun évêquenordonne aux moines de manger de la volaille. Quà Noël et aPâques, ils mangent de la volaille pendant quatre jours, sily en a : sinon , qu'ils nen demandent pas comme leur (6).

Quils ne mangent point de fruit ni de salade , si ce nest enprenant leur autre nourriture (7).

Que la mesure du capuchon soit de deux coudées j8).

Ouon donne séparément à chaque frère sa part de nourri-ture et de boisson ; et que nul ne donne , sur sa part, quelquechose à un autre (9j.

(6) Art. 8,9, 78.

(7) Art. 40.

(8) Art. 2t.

(üj Art. «G.