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CIVILISATION EN FU ANC E.
Ou’on n’observe pas, pour la saignée , certaines époquesfixes; mais que chacun soit saigne selon le besoin , et qu'onlui donne alors quelque agrément particulier en fait de boissonet de nourriture (1).
Sur quatre-vingts articles, vingt et un sont de lasorte étrangers à tout sentiment religieux, à touteintention morale, et ne contiennent que de misé-rables prescriptions de ce genre. A coup sûr, mes-sieurs, rien ne ressemble moins à cet enthousiasme,à celte gravité dont la règle primitive est empreinte;rien n’atteste davantage la décadence de l’esprit mo-nastique et la rapidité de sa pente vers une mesquinesuperstition. Comme Benoît de Nursia, Benoît d’A-niane voulait réformer les monastères; mais la ré-forme du vi° siècle avait été à la fois large et pas-sionnée; elle s’était adressée à ce qu’il y a de fort etde grand dans la nature humaine : celle du ix e estpuérile, subalterne, s’adresse à tout ce qu’il y a,dans l’homme, de faible et de servile. Tel fut, eneffet, depuis cette époque, et malgré plusieurs ten-tatives pour le ramener vers sa source, le caractèregénéral de l’institut monastique; il perdit sa gran-deur, son ardeur première, et demeura chargé deees puérilités, de ces ridicules servitudes qui abais-sent les hommes, même quand ils s’y soumettent àbonne intention.
Puérile ou grave, monastique ou séculière, toutecette réforme de l’Église gallo-franque s’accomplis-sait sous l’impulsion-et avec le concours du pouvoirtemporel. A vrai dire, de Pépin le Bref à Louis leDébonnaire, c’est le pouvoir temporel, roi ou em-pereur, qui gouverne l’Église, et fait tout ce que jeviens de mettre sous vos yeux. Les preuves en sontévidentes.
1° Tous les canons, toutes les mesures relativesà l’Eglise, à cette époque, sont publiés au nom dupouvoir temporel ; c’est lui qui parle, qui ordonne ,qui agit. Il suffit d’ouvrir les actes des conciles pours’en convaincre.
2° Ces actes, et beaucoup d’autres monuments,proclament même formellement que c’est au pou-voir civil qu’il appartient d’ordonner de telles choses,et que l’Église vit et agit sous son autorité. Les ca-nons du concile d’Arles, tenu sous Charlemagne,en 813, se terminent ainsi ;
Nous avons brièvement énuméré les choses qui nous sem-blent avoir besoin de réforme , et nous avons décidé que nousles présenterions au seigneur empereur, en invoquant sa clé-mence , afin que, si quelque chose manque à ce travail, saprudence y supplée ; si quelque chose est autremeut que ne le
(1) Art. H.
(2) Cône. Lnbbe , t. vu, col. 1238.
(5) Ibid., col. 12-41.
(4) 3c cap.,a, 781>, § Il ; Bal., t. fr, col. 2H.
veut la raison, son jugement le corrige ; si quelque chose estsagement ordonné, son appui, avec l'aide de la bonté divine,le fasse exécuter (2).
On lit également dans la préface des actos du con-cile de Mayence, tenu aussi en 813 :
Sur toutes ces choses, nous avons besoin de votre appui etde votre saine doctrine , afin qu'elle nous avertisse et nousinstruise avec bienveillance ; et si ce que nous avons rédigéci-dessous , en quelques articles, vous en parait digne , quevotre autorité le confirme; si quelque chose vous y semble àcorriger, que votre grandeur impériale en ordonne la correc-tion (3).
Quels textes pourraient être plus formels?
3° Les capitulaires de Charlemagne prouvent éga-lement à chaque pas que le gouvernement de l’Égliseétait une de ses principales affaires; quelques ar-ticles pris au hasard vous montreront avec quelleattention il s’en occupait :
Nos mhsi doivent rechercher s’il s’élève quelque plaintecontre un évéque, un abbé, une abbesse, un comte, ou toutautre magistrat, que! qu’il soit, et nous en instruire (4).
Qu’ils examinent si les évêques et les autres prêtres viventselon l'institution canonique, et s’ils connaissent et observentbien les canons ; — si les abbés vivent selon la règle et cano-niquement , et s'ils connaissent bien les canons ; — si, dansles monastères d’hommes , les moines vivent selon la règle ; —si, dans les monastères de filles, elles vivent selon la règle, etquelle en est la clôture (5).
Qu’ils examinent dans chaque cité les monastères d'hommeset de filles; qu’ils voient comment les églises sont entretenuesou réparées, soit quant aux édifices, soit quant aux ornements;qu’ils s’informent soigneusement des mœurs de chacun, et dece qui a été fait quant à ce que nous avons ordonné sur leslectures, le chant, et tout ce qui concerne la discipline ecclé-siastique (6).
Si quelqu’un des abbés , prêtres, diacres, etc., n’obéit pasà son évêque, qu'ils aillent devant le métropolitain, et quecelui-ci juge l’affaire avec ses suffragants. Et, s'il y a quelquechose que l’évëque métropolitain ne puisse réformer ou apai-ser, que les accusateurs avec l'accusé viennent à nous, avecdes lettres du métropolitain, pour que nous sachions la véritéde la chose (7).
Que les évêques, les abbés, les comtes, et tous les puissants,s’ils ont entre eux quelque débat et ne se peuvent concilier,viennent en notre présence (8).
C’est là, à coup sûr, une intervention bien di-recte et active. Charlemagne ne gouvernait pas lesaffaires civiles de plus près.
4° 11 exerçait d’ailleurs une influence très-effi-cace , bien qu’indirecte; il nommait les évêques. Onlit, à la vérité, dans ses capitulaires, le rétablisse-ment de l’élection des évêques par le clergé et lepeuple, selon l’usage primitif et le droit légal del’Église :
(5) 2^ cap., a. 802 , § 2-5 ; t. I er , col. 373.
(G) 5* cap., a. 80G, § 4 ; t. i", col. *33.
(7) Cap., a. 71)4 , § 4; t. icr f col. 264.
(8) 5 <- cap , a. 812 , § 2,