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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN FRANCE.

lovingiens, et Charlemagne en particulier, furentpôur la papauté les plus utiles alliés.

Ne croyez pas cependant, messieurs, que, clansleurs rapports avec elle, ils eussent abdiqué leurempire. De même que vous avez vu, dans lintérieurde lÉglise gallo-franque, Charlemagne favoriserlextension du pouvoir des clercs et les soumettrecependant au sien, de même il dominait les papesen leur préparant les moyens de dominer un jourses successeurs. Et dabord leur élection nétaitcomplète que lorsquelle avait reçu lapprobationde lempereur. Les faits et les textes abondent enpreuves. En 79G Charlemagne écrit au pape Léon IIIqui vient dêtre élu :

Après avoir lu la lettre de Votre Excellence et avoir prisconnaissance du décret, nous nous sommes grandement ré-joui et de l'unanimité de lélection, et de l'humilité de votreobéissance, et de la promesse de fidélité que vous nous avezfaite (1).

En 816, lélection dÉtienne IV a lieu en pré-sence des commissaires de Louis le Débonnaire, àqui le décret est envoyé pour recevoir sa confirma-tion. En 817 , Pascal I er sexcuse de la précipitationde son ordination. En 825, lors de lélection dEu-gène II, Louis le Débonnaire envoie son fils Lolhaireà Rome, et il est réglé que des commissaires delempereur seront toujours présents à lordinationdu pape.

On a quelquefois représenté ce consentement delempereur comme une nomination; on a prétenduquil nommait le pape comme les autres évêques.Rien nest moins fondé. Le pape était élu à Rome,par le clergé, et quelquefois encore avec le concoursdu peuple de Rome; mais pour être consacré, il luifallait lapprobation de lempereur. Le concours dupouvoir temporel nallait pas plus loin.

Le langage de plusieurs papes à cette époque at-teste expressément leur dépendance et la supérioritépositive du pouvoir impérial. Léon III écrit à lem-pereur :

Si nous avons fait quelque chose incompétemment, et si,dans les affaires qui nous ont été soumises, nous navons pasbien suivi le sentier de la vraie loi, nous sommes prêt à leréformer daprès voire jugement et celui de vos commissai-res (2).

Léon IV écrit à Lolhaire I" :

Nous promettons que nous ferons toujours tout ce qui seraen notre pouvoir pour garder et observer inviolablement lescapitulaires et les décrets tant de vous que de vos prédéces-seurs {3).

(O Cap., t. I« r , col. 271.

(2) Graiiani âtcrtt., p. 11, caus. 2, quot. 7, col. 41.

En France, dailleurs, dans lintérieur de lEglisegallo-franque, les empereurs gouvernaient seuls,sans partager en rien le pouvoir avec la papauté.Cette influence que je viens de vous montrer entreles mains des papes, à partir des rois carlovin-giens, sur lEglise gallo-franque, nélait quindi-recte. Ils ne convoquaient point les conciles, lem-pereur seul les appelait. Les décisions de cesassemblées navaient aucun besoin de leur appro-bation. Toute la surveillance, toute ladministra-tion ecclésiastique appartenaient soit aux évêquesnationaux, soit aux délégués de lempereur; et lepape ny intervenait quindirectement, par voie deconseil.

Il y avait en outre, dans le public, laïques etclercs, une certaine idée dune législation ancienneet générale de lÉglise, à laquelle les papes devaientêtre soumis comme les autres évêques. On ne serendait pas un compte bien précis de sa source et deson autorité; on ne savait pas bien de quels pouvoirselle devait toujours émaner; la question nétait pointnettement posée, comme elle la été plus tard, entreles conciles et les papes; mais on pensait fermementquau-dessus des papes étaient les canons, la disci-pline, la loi générale de lEglise, et quils navaientà eux seuls nul droit de les changer.

Telle était, messieurs, au commencement duix e siècle, à la fin du règne de Charlemagne, par-ticulièrement dans ses rapports avec lEglise gallo-franque, la situation de la papauté. Il y régnait,vous le voyez, beaucoup dincohérence et de con-fusion. Aussi rencontre-t-on une multitude de faitscontradictoires : les uns attestent lindépendance desEglises nationales; les autres montrent le pouvoirpapal au-dessus des Églises nationales. Ici éclate lasupériorité du pouvoir temporel, celle du pouvoirspirituel siégeant à Rome. En 855, Grégoire IV semêle de réconcilier Louis le Débonnaire et ses fils,et reproche aux évêques de la Gaule-Franque leurconduite : ils protestent contre son intervention, luicontestent les droits quil sarroge, et déclarent« quils ne veulent nullement se soumettre à sa vo-» lonlé, et que, sil est venu pour excommunier, il» sen ira excommunié, car lautorité des anciens ca-» nons ne permet rien de tel. » Cependant, dans saréponse, Grégoire leur reproche de sêtre alternati-vement servis, en lui écrivant, des titres frater etpater, « tandis quil aurait été plus convenable de» ne lui témoigner quun respect filial; » et non-seulement ils ne réclament point, mais le mot defrater disparaît à peu près de leur langage. En 844,

(3) Gmt. c lecrtt., distinct 10, «. q.