PREUVES ET DÉVELOPPEMENTS HISTORIQUES.
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l’évêque se plaignit au roi, et lui demanda delui rendre son droit de justice dont il l’avait des-saisi.
» Le concile répondit à l’évêque que les évêquesde Laon, Châlons et Soissons seraient envoyés auroi, et l’avertiraient, de la part du concile, d’amendertoutes ces choses; et que s’il ne le faisait, les troismêmes évêques iraient à Beauvais pour s’enquérirde ces choses. Et le déposant ajoute qu’il entenditces trois évêques dire qu’ils avaient prévenu le roiafin qu’il envoyât, s’il lui plaisait, quelqu’un à l’en-quête; ces évêques donc vinrent à Beauvais, et firentl’enquête, et reçurent beaucoup de bourgeois, et ledéposant croit que les bourgeois de l’autre partiproduisirent aussi des témoins devant eux. Lesévêques proposèrent à Simon de Pissy et Pierre deIlale, préposés de la part du roi à la garde de lacité, d’assister à l’enquête, et le déposant les vit ve-nir devant eux ; et l’enquête faite, les évêques la re-portèrent au concile ainsi qu’il était convenu; et làil fut ordonné que le roi serait averti derechef etderechef. Et le déposant sait que l’archevêque et lesévêques allèrent au roi et l’avertirent deux fois; ille sait, car il était avec eux.
» De plus, il dit que l’archevêque alla ensuiteauprès du roi avec beaucoup de prélats et les en-voyés du chapitre de Beaumont, et ils le supplièrentet l’avertirent d’avoir pitié de l’église de Beauvais,mais le roi n’en fit rien. Et ensuite l’archevêque,ayant tenu un concile avec quelques prélats, or-donna de lancer la sentence d’interdit suivant laforme exprimée dans ses lettres; il croit cependantque la sentence d’interdit ne fut rendue que par l’ar-chevêque de Reims, et que cet interdit établi sur laprovince de Reims fut observé dans les diocèses deLaon et de Soissons. »
3' TÉMOIN.
« Raoul, prêtre de Saint-Waast de Beauvais, dé-pose qu’il a entendu dire que l’interdit avait étémis sur la province de Reims par le concile, à causedes injustices faites par le roi à l’église; et qu’ilétait à Beauvais, il y aura trois ans à la fête de laPurification, lorsque, la veille ou le jour de cettefête, le roi vint à Beauvais, avec beaucoup de sol-dats et de gens de commune ; que le lundi avantcette fête avait eu lieu une mêlée entre les bourgeoiset le petit peuple, et qu’il avait vu les gens du petitpeuple conduisant le maire nommé par le roi, avecsa tunique déchirée, et sa robe déchirée jusqu’à laceinture; beaucoup de gens étaient blessés et tués,et l’on entendait ceux du petit peuple dire : a C’estainsi que nous te faisons maire. » Or, injustice avait
été faite à l’évêque en ce que le roi avait nommé lemaire, parce que c’était la coutume de Beauvais queles douze pairs, bourgeois de Beauvais, élisaientdans leur sein deux maires et les présentaient àl’évêque; or cette fois le roi avait nommé un maireétranger.
» Il dit qu’il y a bien trente-six ans, à ce qu’ilcroit, que pendant que le roi Philippe avait guerrecontre le roi Richard, la commune détruisit la mai-son d’un certain Enguerrand de la Tournelle, etque pour cela l’évêque Philippe cita devant lui lesbourgeois; et, comme il y avait à cause de ce faitgrande discorde entre l’évêque et la commune, le roiPhilippe vint enfin à la ville, et l’affaire était très-grande.
» Le roi (I) donc envoya Simon de Pissy et cer-tains chevaliers et serviteurs pour garder la citécontre le droit de l’évêque, et ils furent avertisau nom de levêque de quitter la ville, et commeils ne la quittèrent pas, ils furent excommuniés.De même furent avertis et excommuniés, suivantle mode susdit, le maire et les pairs de Beau-vais.
» Alors deux serviteurs du roi, Durand de Senset Chrétien de Paris, s’établirent dans la demeurede l’évêque, s’emparèrent de sa maison et de sesvins, et perçurent ses rentes, et Pierre de Ilale fitvendre le vin, et quand l’évêque venait à Beauvais,il logeait chez le trésorier. »
4' TÉMOIN.
« Pierre, prêtre, dit de Meschines, dit que l’évê-que a toute justice dans la ville, savoir : le meurtre,le rapt, l’effusion de sang, le vol, l’adultère, le droitde visite domiciliaire dans les affaires de vol, et lesquestions de voirie. »
5' TÉMOIN.
« Le seigneur Évrard, abbé de Saint-Lucian,frère de Baudouin de Mouchy, dit que le roi avaitdroit de conduire la commune aux chevauchées età la guerre; et s’il l’aimait mieux, de recevoir del’argent en place; et qu’il a entendu dire que quel-quefois pour cela il avait reçu quinze cents livres, etquelquefois moins. »
Ce dernier témoignage ne semble pas, non plusque plusieurs autres, se rapportera l’objet de l’en-quête; ils servent pourtant à l’éclaircir en indiquantles divers droits de levêque, du roi, de la commune,
(!) Saint Louis.