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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN FRANCE. LEÇONS XXXI A XLIX.

ce qui nous a décidé à les conserver ici : on y Irouvedailleurs de curieux renseignements sur les attri-butions de ces trois pouvoirs distincts.

6' TÉMOIN.

« Maître Bernard, sous-ehantre, dépose quelévêque Milon avait dit au chapitre quun certainévêque de Reims lui avait promis que linterdit se-rait mis sur tous les diocèses de la province, sil lemettait dabord sur le sien; quil le mit et vint en-suite au concile tenu à Saint-Quentin par lautoritédu seigneur de Reims, et quen ce concile linterditfut levé dans lespoir de la paix, et daprès des let-tres du seigneur pape. »

Lévêque Milon mit en effet cet interdit; maispour obtenirà cette mesure la coopération nécessairedes chanoines de Beauvais, il fallut traiter avec cesorgueilleux associés et se soumettre à leur donnerla déclaration suivante :

« Milon, par la miséricorde divine, évêque deBeauvais, à tous ceux qui verront ces lettres, salutdans le Seigneur. Nous faisons savoir à tous quenous voulons et accordons quaucun préjudice nesoit porté aux droits du chapitre de Beauvais, poursêtre conformé à linterdit, au mois de juin 1233,le lundi jour de la fête de lapôtre saint Barnabé ;et que de cet interdit, quelque temps quil dure,nul droit de propriété ou dusage ne soit acquis ànous et audit chapitre; mais nous voulons et accor-dons que le chapitre et léglise de Beauvais restenten tout dans le même état, et entièrement en touteschoses comme avant que linterdit fût promulguédans léglise de Beauvais, et que ledit chapitre syfût conformé. Donné lan du Seigneur 1233, au moisde juin. »

Deux ans après, Godefroy de Nesle, successeur deMilon , mettant de nouveau linterdit sur le diocèsepour la même cause, se vit aussi forcé de faire unepareille déclaration ; on y lit cette phrase remar-quable ; a Sachez tous quayant mis linterdit sur» notre diocèse, nous avons prié le chapitre et» le doyen de sy conformer par compassion pour» nous, et que, sur nos prières, le doyen et le cha-» pitre ont, de leur autorité propre, accepté lin-» terdit. »

(1) Cétait la maison dun armurier.

(2) Le nom de ce maire est presque toujours mis en français, et lon letrouve écrit de ces trois manières : de Moret, de Mouret, Desmureaux. Onest bien quelque peu étonné de le retrouver si vite en harmonie avec ceuxqui naguère voulaient sa mort ; mais ces vicissitudes sont très-fréquentesdans les histoires de commune les habitants dune même ville sentaient

CONTINUATION DU 6 e TÉMOIN.

« Il dit quil y aura trois ans à la veille de la Pu-rification que le petit peuple de la cité sinsurgeacontre le maire et les changeurs de cette ville; etque le maire et les changeurs sétant emparés à mainarmée dune maison (1) ils se retirèrent, le feufut mis à la maison voisine, et ils furent pris parassaut, et plusieurs dentre eux tués.

» 11 ajoute que lévêque vint à Beauvais la nuitsuivante; et quainsi quil la entendu dire, quatre-vingts des plus coupables de ce fait, selon leur pro-pre aveu, se présentèrent devant lévèque, et furentpar lui sommés de se soumettre à sa haute et bassejustice. Ils prirent alors avis du maire Robert Des-mureaux (2) qui les en dissuada, disant que sils lefaisaient, leur vie et leurs membres seraient en dan-ger; ils sen allèrent donc sans sêtre soumis à lavolonté de l'évêque, et lévêque se fâcha du conseilqui leur avait été donné, et sen prit aux siens pourne les avoir pas retenus ; ceux-ci répondirent quilsnavaient pas de forces suffisantes pour cela. Lemême jour lévêque vint au roi à Brælle, et, le joursuivant, le roi vint à Beauvais, dès le lendemainil fit tirer des prisons de lévêque les hommes deBeauvais faits prisonniers, et proclamer son ban quepartout tous se rendissent au marché; venus, illes fit prendre, enfermer dans les halles, et le jourdaprès beaucoup furent bannis du royaume, et leroi le signifia au maire et aux pairs.

» Or, il y avait eu vingt personnes tuées et trenteblessées; et quand le roi vint, les enfants de ceuxqui avaient été tués et les blessés portèrent plainteau roi, et il fut ordonné par son conseil et le conseilde la commune que les maisons des coupables se-raient abattues, et quinze maisons furent abattues.Le maire de la commune frappait le premier coup,et les gens de la commune achevaient la destruc-tion (3). Mais le roi ne fit point injustice à lévéqueen faisant ces choses dans la ville, car l'évêquenavait point fait justice, et le maire peut fairejustice dun citoyen de Beauvais, de son corps parla hache, de ses biens par la destruction de sa mai-son. »

7 e TÉMOIN.

« Pierre Maillard, homme de la commune, dit

souvent le besoin doublier tous leurs différends pour sunir oontre lesennemis extérieurs , roi, seigneurs , laïques ou évêques.

(8) Il est aisé de voir que cette déposition est faite par un homme favo-rable au roi. Celle du Se témoin est dans un sens tout opposé; aussiporte-t-elle k quinze cents le nombre des maisons abattues? exagérationévidente.