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CIVILISATION EN FRANCE. — LEÇONS XXXI A XLIX.
la seule ressource laissée à l’évêque de Beauvais;aussi y eut-il recours, et sa protestation eut lieu ences termes :
« Seigneur archevêque, vous savez que, par l’au-torité du concile, vous et vos suffragants avez misl’interdit sur vos diocèses pour les injures portéesà l’église de Beauvais; de ces injures nulle n’estréparée, et vous savez bien qu’il m’importe quel’interdit ne soit pas levé avant que satisfaction soitdonnée; et puisque l’interdit a été mis de votre con-sentement et de celui de vos suffragants, j’en ap-pelle, pour qu’il ne soit pas révoqué, au seigneurpape, mettant moi, mon église et mon affaire sous saprotection. »
Mais le pape Grégoire IX ne prit pas d’aussi hautqu’on eût pu s’y attendre l’affaire de l’église de Beau-vais; il engagea lui-même l’évêque à lever l’interdit,lui promettant, pour le consoler, qu’il serait librede le remettre si satisfaction ne lui était donnée. Ilparaît que l’évêque se décida à se soumettre; mais,désolé de cette issue, il se rendit à Rome, où il mou-rut bientôt. Godefroy de Neslelui succéda en 1235,remit aussitôt l’interdit, et alla aussi mourir àRome sans avoir mené à bien ce grand différendavec le roi. Ce roi était pourtant saint Louis, quimontra dans cette affaire plus de fermeté, on diraitmême d’opiniâtreté, qu’on ne serait tenté de le pré-sumer; il eut même à résister aux sollicitations dupape Grégoire, dont il existe une bulle portant pourtitre :
Bulle ilu pape Grégoire, en envoyant au roi des légats pourl’engager à se désister des torts faits par lui à l'église deBeauvais.
Il y a trois autres bulles du même pape sur cetteaffaire; la dernière est ainsi intitulée :
Lettres touchant l'interdit mis dans la province de Reims àcause des torts faits par le roi aux églises et aux évêques.
Robert de Cressonsac, doyen de l’église de Beau-vais, succéda en 1240 à Godefroy de Nesle, et vintenfin à bout de terminer cette longue querelle, quiportait plus encore, du moins avec le roi, sur ledroit de gîte que sur le droit de justice, car un ac-commodement ayant été conclu sur la première ques-tion, la paix fut entière et l’interdit levé. Cette foisl’arrangement fut conclu à toujours, et non commecelui qu’avait fait jadis, en pareil cas, Philippe deDreux, pour sa vie seulement. Voici le texte dutraité, car c’en est un véritable :
« Louis, par la grâce de Dieu, roi des Français,
faisons savoir à tous que nous avons soutenu avoirdroit à autant de gîtes que nous voulions de la partde l’évêque de Beauvais, ou que ledit évêque devaitnous les procurer; mais que, ayant égard à la fidé-lité de l’évêque actuel de Beauvais envers nous, etvoulant porter aide à cette église pour les dangers etdépenses que ses évêques à l’avenir pourront encou-rir, nous voulons et accordons que celui qui sera àl’avenir évêque de Beauvais, ne soit tenu, pour tousles droits de gîte, envers nous et nos successeurs,qu’au payement de cent livres parisis chaque annéeen notre ville de Paris, à l’Ascension du Seigneur,soit que nous allions à Beauvais, soit que nous n’yallions pas; et à un droit de gîte de cent livres pa-risis une seule fois dans l’année, s’il nous arrive d’al-ler à Beauvais; de manière à ce que ledit gîte n’ex-cède pas la somme de cent livres. Et nous remettonset quittons pour les sommes susdites à l’église deBeauvais tous les droits de gîte que nous avions oupouvions avoir sur d’autres églises du diocèse deBeauvais. Et pour que cette feuille soit valable àtoujours, nous avons ordonné de la fortifier de l’au-torité de notre sceau,.et au-dessous de l’appositionde notre nom royal.
Fait à l’hôpital près de Corbeil, au mois de juin,l’an 1248 de l’Incarnation du Seigneur, de notrerègne le vingt-deuxième. Présents dans le palaisceux dont sont ici les noms et sceaux : Point desénéchal; Étienne, le bouteiller; Jean, le chambel-lan; point de connétable, et la chancellerie étant va-cante. »
Les évêques de Beauvais trouvèrent encore moyende s’affranchir d’une partie de ce droit. Le roi ayantdonné au chapitre de Rouen la rente annuelle decent livres, surlaquelle il ne s’en réservait que vingt-cinq payables par ce chapitre, Jean de Dormans,évêque de Beauvais, racheta, en 1363, cette rente,moyennant certaines terres situées en Vexin, dontil fit abandon au chapitre; l’évêque de Beauvais nefut donc plus redevable envers le roi que de vingt-cinq livres par an, et cent lorsqu’il viendrait à Beau-vais.
Quant au droit de justice, dont il n’est pointquestion dans cet accommodement, il était plusdifficile de le régler, et ce fut, comme on le verra,une source continuelle de débats entre le roi etl’évêque, l’évêque et les bourgeois. Pour Robert deMuret, cause de tant de dissensions, il paraît qu’ilresta en possession paisible de sa mairie; il est vraiqu’il avait dans la ville un parti puissant, celui dela haute bourgeoisie, parti presque toujours sûrde triompher de ses adversaires populaires, lors-qu’une violente commotion a fait mieux sentir le bc-