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CIVILISATION EN FRANCE.
posée, de quoi ils ont soutenu que la connaissancenous appartenait. Car, disaient-ils, la coutume etl’usage de Beauvais sont que quiconque veut sortirde la commune de Beauvais doit le faire connaîtreau maire et aux pairs, donner de bonnes cautionsqui soient leurs justiciables, ou mettre ses bienssous notre main, et avant toutes choses rendrecompte de son administration, s’il a exercé quelquecharge, payer les arrérages, et demander qu’on taxesa sortie; et alors il pourra sortir de la commune;sinon, il demeurera toujours bourgeois et taillable.Enquête faite diligemment sur toutes ces choses,ouï les raisons de l’une et de l’autre partie, il a ététrouvé que lesdits maire et pairs avaient suffisam-ment prouvé leur affirmation; en raison de quoi il aété prononcé par notredite cour que ledit Henri nedevait pas être renvoyé à la cour dudit évêque, maisdevait, quant audit cas, subir notre examen. D’en-tre les enquêtes et estimations expédiées dans le par-lement delà Toussaint, l’an du Seigneur 1288”(I). »
Simon de Nesle était un évêque de mœurs violen-tes, d’habitudes guerrières, d’humeur intraitable,peu propre par conséquent à s’accommoder du carac-tère remuant des citoyens de Beauvais : aussi nevécurent-ils pas longtemps en bonne intelligence;et, au dire unanime des chroniqueurs du temps, lespremiers torts furent du côté de l’évêque; « le peu-» pie s’éleva contre lui, dit-on, à cause de plusieurs» fâcheuses coutumes qu’il s’efforçait d’introduire» en la ville de Beauvais. » Les plus vives plaintesprovenaient, à ce qu’il paraît, des exactions qu’ajou-taient les officiers de l’évêque aux droits imposés àquiconque se servait des moulins et fours épisco-paux. Et comme, à travers toutes leurs libertés, lesbourgeois de Beauvais n’avaient pas celle de moudreleur grain et cuire leur pain où il leur plaisait, cesvexations, qui les atteignaient chaque jour et dansles premières nécessités de la vie, les irritèrent audernier point; le maire et les pairs firent proclamerpar la ville que chacun moudrait et cuirait où il letrouverait bon, et qu’on était libre aussi de placerà sa guise des planches sur la rivière; celte dernièreclause avait trait sans doute à quelque péage dontl’évêque grevait le passage des ponts sur le Thé-rain. Simon de Nesle, comme on peut le croire, neprit point en patience cette renonciation à sonobéissance : on en vint aux mains, et de sanglantsexcès eurent lieu de part et d’autre; mais l’évêqueeut le dessous; et forcé de quitter la ville après avoirmis le feu à ses faubourgs, exaspéré de sa défaite,outré de se voir nommé par moquerie Simon ledévêtu, il fit appel au clergé de son diocèse et lui
(!) I.ovsoî, p. 500.
— LEÇONS XXXI A XLIX.
dénonça dans le mandement suivant les crimes desgens de Beauvais; on verra tout à l’heure ceux qu’ilslui reprochaient à leur tour; il ne paraît pas que nil’un ni l’autre tableau fût exagéré.
« Simon, par la grâce de Dieu, évêque de Beau-vais, à tous et chaque prêtres établis dans la villeet les faubourgs de Beauvais, auxquels parviendrontces présentes, salut en Notre-Seigneur.
» Gomme c’est chose véritable, notoire et attes-tée par commun bruit, que le maire, les pairs, lesconseillers de la commune de Beauvais et toute lacommune elle-même, contre le serment qu’ils nousont prêté légitimement comme évêque de Beauvais,de conserver les droits, l’honneur, l’état de notreéglise et de nous, ont, au péril de leurs âmes, commeégarés de la foi catholique, pervers, et sans mé-moire de leur salut, osé témérairement faire sonnerla cloche de la commune destinée à rassembler lepeuple , et tenu conseil et délibération entre eux :puis au préjudice et dommage non médiocre maistrès-grand de notre épiscopat et notre église, à l’in-jure, offense, outrage, mépris et opprobre du Dieutout-puissant, de la bienheureuse Marie toujoursvierge, du glorieux apôtre Pierre en l’honneur dequi est fondée l’église susdite, de tous les saints,de la liberté de l’église et de tous les fidèles duChrist, ils sont venus avec une grande armée munied’arbalètes, arcs, javelots, boucliers, pierres, glai-ves et épées, attaquer iniquement notre maison oumanoir épiscopal situé dans la cité de Beauvais, ilsl’ont envahi impétueusement et hostilement, don-nant assaut à nos gens postés à sa garde et défense;et ils y ont mis le feu, brûlant et détruisant injuste-ment une grande partie de ce manoir; cette partieétant ainsi brûlée par eux, ils sont entrés dans l’au-tre, ont brisé les portes, fenêtres et serrures, ontrépandu jusqu’à seize inuids du vin de l’évêché etde l’église de Saint-Pierre, placés là pour notresustentation et nourriture ainsi que de nos officiers.Ils ont en outre emporté d’autres provisions, meu-bles et ustensiles que nous estimons à la valeur dedeux mille livres parisis.
» En outre ils ont violemment brisé les portes etarraché les serrures des prisons dudit manoir et tirédes prisons, pour leur donner élargissement, plu-sieurs personnes, tant laïques qu’ecclésiastiques dé-tenus par nos officiers pour plusieurs crimes, savoir:Quentin de Iloquencourt pour un meurtre notoire,Mathieu Poulain pour avoir falsifié des lettres,Jean de Beaumont pour rapt d’une femme, tousclercs, Grégoire dit Bardoul, laïque, pour meurtre,et plusieurs autres clercs ou laïques détenus dansces prisons pour divers délits.