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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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PREUVES ET DÉVELOPPEMENTS HISTORIQUES.

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fait, par notre justice, droit ainsi que de raison.

» Item, nous avons, par le même arrêt, donnémain-levée du temporel et de la justice dudit évêque,saisis par nous pour les faits susdits. Sauf pourtantquil est interdit à lévêque et à ses officiers defaire, à loccasion de lenquête susdite, aucuneprocédure contre le maire, les pairs, les jurés etla commune, en quelque manière que ce soit. Nousavons aussi élargi par provision le bailli et autresofficiers de lévêque, retenus pour ce fait en nosprisons.

» Enfin, notre cour a défendu audit évêque que,pour loccasion de ces choses, il fasse ou souffre êtrefait par ses gens et officiers aucun tort ou avanieaux maire, jurés et commune, tant que le procèssera pendant en notre cour. En foi de quoi nousavons fait apposer notre scel aux présentes. Donnéà Poissy, en notre présence, le jeudi daprès la fêtede saint Barnabé, apôtre. An de Notre-Seigneur1306 (1). »

Lamende de la commune envers le roi est iciclairement exprimée; celle de lévêque ne lest pas;mais nous savons, par la pièce suivante, quellemonta à six mille livres parisis. Ce nétait pas punirtrop sévèrement les méfaits dont lévêque sétaitrendu coupable, mais cétait beaucoup que de letraiter comme la commune, et il ne fut pas, à coupsûr, content de larrêt :

« Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Fran-çais, à tous ceux qui les présentes lettres verront,salut : sachent tous que notre bien-aimé et fidèlesaint évêque de Beauvais ayant été accusé davoirfait, lui ou ses gens, beaucoup de prises sur sesbourgeois de Beauvais, et de leur avoir causé, dansleurs personnes et leurs biens, beaucoup de dom-mages, contre la défense faite de notre part à luiet à ses gens, comme le disaient nos gens à nous;ledit évêque a prétexté, pour lui et ses gens, plu-sieurs excuses, notamment quil navait commis en-vers nous nulle désobéissance, vu quil a soutenuque cétait son droit de faire tout ce qui avait étéfait contre lesdits bourgeois par les gens duditévêque : enfin, ledit évêque ayant promis, de sapropre volonté, de payer et fournir à des termesfixés six mille livres parisis, bonnes et anciennes,daloi et de poids, nous avons jugé devoir remettrepleinement audit évêque et à ses gens susdits toutepeine, majeure ou mineure, que nous leur pour-rions infliger, dans leur personne ou leurs biens;et nous avons ordonné de mettre en liberté et rendre

audit évêque tous ceux de ses gens qui, à raison delaffaire susdite , sont tenus dans notre prison, ainsique ceux qui ont été élargis sous caution. En foi dequoi nous avons fait apposer notre sceau aux pré-sentes lettres. Donné à Poissy, le 18 e juin de lan duSeigneur 1306 e (2). »

Lévêque et les bourgeois en avaient assez apprissur les procédés rigoureux du roi et de son parle-ment, pour ne pas souhaiter quils soccupassentdavantage dune affaire les deux parties avaienttant de reproches à sadresser : ils préférèrent doncla voie des arbitres et en choisirent deux avec pleinerésolution daccéder à ce quils ordonneraient. Ondémêle facilement, dans lempressement de leurspromesses, combien devait être grande la fatigue decette longue et sanglante dissension. Voici en quelstermes les bourgeois annoncent leur résolution etleur choix :

« A tous ceux qui ces présentes verront, les maire,pairs, jurés de la commune de Beauvais et toute lacommune, salut et entière dileelion. Savoir faisonsque comme entre révérend père et seigneur, messireSimon, par la grâce de Dieu, évêque de Beauvais,notre seigneur spirituel et temporel, tant e» sonnom quau nom de son évêché, dune part; et nous,tant en notre nom quen celui de la commune,dautre part, il y eut procès et dispute sur ce queledit évêque nous accusait de..., etc. »

Suit la série des reproches faits par lévêque à lacommune de Beauvais; après les avoir énumérésfort en détail, les maire et pairs reprennent : « Nousde notre côté disions, » et ils rapportent alors leursgriefs; vient enfin laccommodement en ces termes :

« Finalement, pour le bien de la paix, pour rai-son de tous et chacun des excès et différends sur-venus de part et dautre, nous avons, dun communconsentement, donné en tout plein pouvoir à dis-crètes et honnêtes personnes, maître Guillaume ditBonet, trésorier dAngers, et messire Guillaume deMarcilly , chevalier et conseiller de lillustrissimeprince Philippe, roi des Français, voulant et ac-cordant quils puissent, sur toutes et chacune deschoses susdites, procéder, dire, statuer, prononceret donner sentence définitive, à toute heure et tousjours fériés ou non ; promettant sous peine de dixmille livres damende, payables par la partie con-tredisante à la partie acquiesçante auxdits jugementset sentences, de ne point contrevenir, mais obéir

(1) Louvet, t. n , p. SOi.

(2) Lofivet, t, h , p. bOS.