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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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RÉRÉNICE.

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Écoutait sans entendre, et ne leur a laissé,

Pour prix de leurs transports, qu’un silence glacé.

Rome de votre sort est encore incertaine :

Moi-même à tous moments je me souviens à peineSi je suis empereur, ou si je suis Romain. *

Je suis venu vers vous sans savoir mon dessein :

Mon amour m’entraînait, et je venais peut-êtrePour me chercher moi-même, et pour me reconnaître.Qu’ai-je trouvé ? Je vois la mort peinte en vos yeux ;

Je vois pour la chercher que vous quittez ces lieux.

C’en est trop. Ma douleur, à cette triste vue,

A son dernier excès est enfin parvenue :

Je ressens tous les maux que je puis ressentir.

Mais je vois le chemin par où j’en puis sortir.

Ne vous attendez point que, las de tant d'alarmes,

Par un heureux hymen je tarisse vos larmes :

En quelque extrémité que vous m’ayez réduit,

Ma gloire inexorable à toute heure me suit ;

Sans cesse elle présente à mon Ame étonnéeL’empire incompatible avec votre hyménée,

Me dit qu’après l’éclat et les qias que j’ai faitsJe dois vous épouser encor moins que jamais.

Oui, madame, et je dois moins encore vous direQue je suis prêt pour vous d’abandonner l’empire,

De vous suivre, et d’aller, trop content de mes fers,Soupirer avec vous au bout de l’univers :

Vous-même rougiriez de ma lâche conduite :

Vous verriez à regret marcher à votre suiteUn indigne empereur sans empire, sans cour,

Vil spectacle aux humains des faiblesses d’amour.

Pour sortir des tourments dont mon Ame est la proie,

11 est, vous le savez, une plu3 noble voie ;

Je me suis vu, madame, enseigner ce cheminEt par plus d’un héros et par plus d’un Romain :Lorsque trop de malheurs ont lassé leur constance,

Ils ont tous expliqué cette persévéranceDont le sort s’attachait à les persécuterComme un ordre secret de n’y plus résister.

Si vos pleurs plus long-temps viennent frapper ma vue,Si toujours à mourir je vous vois résolue,

S’il faut qu’à tons moments je tremble pour vos jours,