ACTE III, SCÈNE E 39
Achevez cet hymen; et, repassant l’Euphrate,
Faites voir à l’Asie un autre Mithridate.
Que nos tyrans communs en pâlissent d'effroi ;
Et que le bruit à Rome en vienne jusqu’à moi.
PIIAKNACE.
Seigneur, je ne vous puis déguiser ma surprise.
J’écoute avec transport cette grande entreprise ;
Je l’admire ; et jamais un plus hardi desseinNe mit à des vaincus les armes à la main :
Surtout j’admire en vous ce cœur infatigableQui semble s’affermir sous le Faix qui l’accable.
Mais, si j’ose parler avec sincérité,
En êtes-vous réduit à cette extrémité ?
Pourquoi tenter si loin des courses inutiles,
Quand vos États encor vous offrent tant d’asiles ?
Et vouloir affronter des travaux infinis,
Dignes plutôt d’un chef de malheureux bannisQue d’un roi qui naguère avec quelque apparenceDe l’aurore au couchant portait son espérance,
Fondait sur trente États son trône florissant,
Dont le débris est même un empire puissant?
Vous seul, seigneur, vous seul, après quarante années,Pouvez encor lutter contre les destinées.
Implacable ennemi de Rome et du repos,
Comptez-vous vos soldats pour autant de héros ?Pensez-vous que ces cœurs, tremblants de leur défaite,Fatigués d’une longue et pénible retraite,
Cherchent avidement sous un ciel étrangerLa mort, et le travail pire que le danger?
Vaincus plus d’une fois aux yeux de la patrie,Soutiendront-ils ailleurs un vainqueur en furie ?
Sera-t-il moins terrible, et le vaincront-ils mieux,
Dans le sein de sa ville, à l’aspect de ses dieux?
Le Parthe vous recherche, et vous demande un gendreMais ce Parthe, seigneur, ardent à nous défendreLorsque tout l’univers semblait nous protéger,
D’un gendre sans appui voudra-t-il se charger ?
M’en irai-je, moi seul, rebut de la fortune,
Essuyer l’inconstance au Parthe si commune,
Et peut-être, pour fruit d’un téméraire amour,
Exposer votre nom au mépris de sa cour?