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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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ACTE II, SCÈNE T.

Elle vous l’a promis et juré devant moi.

Ce gage est le premier qu’elle attend de sa foi.

ÉRII’lllLE.

Que dirais-tu, Doris, si, passant tout le reste,Cet hymen de mes maux était le plus funeste ?

noms.

Quoi, madame !

Émeu île.

Tu vois avec étonnementQue ma douleur ne souffre aucun soulagement.Écoute, et tu te vas étonner que je vive.

C’est peu d’étre étrangère, inconnue et captive;Ce destructeur fatal des tristes Lesbiens,

Cet Achille, l’auteur de tes maux et des miens,Dont la sanglante main m’enleva prisonnière,

Qui m’arracha d’un coup ma naissance et ton père,De qui jusques au nom tout doit m’être odieux ,Est de tous les mortels le plus cher à mes yeux.

DORIS.

Ah ! que me dites-vous !

KRU'IIILE.

Je me flattais sans cesseQu’un silence éternel cacherait ma faiblesse :

Mais mon cœur trop pressé m’arrache ce discours,Et te parle une fois pour se taire toujours.

Ne me demande point sur quel espoir fondéeDe ce fatal amour je me vis possédée.

Je n’en accuse point quelques feintes douleursDont je crus voir Achille honorer mes malheurs :Le ciel s’est fait, sans doute, une joie inhumaineA rassembler sur moi tous les traits de sa haine.Rappellerai-je encor le souvenir affreuxDu jour qui dans les fers nous jeta toutes deux ?Dans les cruelles mains par qui je fus ravieJe demeurai long-temps sans lumière et sans vie :Enfin, mes tristes yeux cherchèrent la clarté ;

Et, me voyant presser d’un bras ensanglanté,

Je frémissais, Doris, et d’un vainqueur sauvageCraignais de rencontrer l’effroyable visage.

J’entrai dans son vaisseau, détestant sa fureur,

Et toujours détournant ma vue avec horreur.

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