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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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IPHIGÉNIE.

Je le vis : son aspect n’avait rien de farouche ;

Je sentis le reproche expirer dans ma bouche;

Je sentis contre moi mon ceeur se déclarer ;

J’oubliai ma colère, et ne sus que pleurer :

Je me laissai conduire à cet aimable guide.

Je l’aimais à Lesbos, et je l’aime en Aulide.

Iphigénie en vain s’offre à me protéger,

Et me tend une main prompte à me soulager :

Triste effet des fureurs dont je suis tourmentée,

Je n’accepte la main qu’elle m’a présentée

Que pour m’armer contre elle, et, sans me découvrir

Traverser son bonheur, que je ne puis souffrir.

noms.

Et que pourrait contre elle une impuissante haine?

Ne valait-il pas mieux, renfermée à Mvcène,

Éviter les tourments que vous venez chercher,

Et combattre des feux contraints de se cacher ?

ÉIUl’HILE.

Je le voulais, Doris. Mais, quelque triste imageQue sa gloire à mes yeux montrât sur ce rivage,

Au sort qui me traînait il fallut consentir :

Une secrète voix m’ordonna de partir,

Me dit qu’offrant ici ma présence importune,Peut-être j’y pourrais porter mon infortune;

Que peut-être, approchant ces amants trop heureux,Quelqu’un de mes malheurs se répandrait sur eux.

Voilà ce qui m’amène, et non l’impatienceD’apprendre à (pii je dois une triste naissance.

Ou plutôt leur hymen me servira de loi :

S’il s’achève, il suffit; tout est fini pour moi :

Je périrai, Doris; et, par une mort prompte,

Dans la nuit du tombeau j’enfermerai ma honte ,

Sans chercher des parents si long-temps ignorés,

Et que ma folle amour a trop déshonorés.

DORIS.

Que je vous plains, madame! et que pour votre vie...

ÉKII’IIH.E.

Tu vois Agamemnon avec Iphigénie.