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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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PHÈDRE.

Ah dieux ! Lorsqu’à mes vœux l’ingrat inexorableS’armait d’un œil si fier, d’un front si redoutable,Je pensais qu’à l’amour son cœur toujours ferméFût contre tout mon sexe également armé .

Une autre cependant a lléchi son audace ;

Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce.Peut-être a-t-il un cœur facile à s’attendrir :

Je suis le seul objet qu’il ne saurait souffrir.

Et je me’chargerais du soin de le défendre!

SCÈNE VI.

PHÈDRE, O E AO NE.

PHÈDRE.

Chère OEnone, sais-tu ce que je viens d’apprendre?

OENONE.

Non ; mais je viens tremblante, à ne vous point mentir :J’ai pâli du dessein qui vous a fait sortir;

J’ai craint une fureur à vous-même fatale.

PHÈDRE.

OEnone, qui l’eût cru! j’avais une rivale!

OENONK.

Comment?

PHÈDRE.

Hippolyte aime ; et je n’en puis douter.Ce farouche ennemi qu’on ne pouvait dompter,Qu’offensait le respect, qu’importunait la plainte,Ce tigre, que jamais je n’abordai sans crainte,Soumis, apprivoisé, reconnaît un vainqueur :

Aride a trouvé le chemin de son cœur.

OENONE.

Aride ?

PHÈDRE.

Ah douleur non encore éprouvée !

A quel nouveau tourment je me suis réservée !

Tout ce que j’ai souffert, mes craintes, mes transports,

La fureur de mes feux, l’horreur d.e mes remords,

Et d’un refus cruel l’insupportable injure,

N’était qu’un faible essai des tourments que j’endure.

* Ils s'aiment! Par quel charme ont-ils trompé mes yeux ?Comment se sont-ils vus? depuis quand? dans quels lieux?