ACTE [, SCÈNE IV. 5
En vain ils s’uniraient pour lui faire la guerre :
Pour dissiper leur ligue il n’a qu’à se montrer;
Il parle, et dans la poudre il les fait tous rentrer.
Au seul son de sa vois, la mer fuit, le ciel tremble :
11 voit comme un néant tout l’imivers ensemble ;
Et les faibles mortels, vains jouets du trépas,
Sont tous devant ses yeux comme s’ils n’étaient pas.
S’il a permis d’Aman l’audace criminelle,
Sans doute qu’il voulait éprouver votre zèle.
C’est lui qui, m’excitant à vous oser chercher,
Devant moi, chère Esther, a bien voulu marcher :
Et s’il faut que sa voix frappe en vain vos oreilles,Nous n’en verrons pas moins éclater ses merveilles.
Il peut confondre Aman, il peut briser nos fersPar la plus faible main qui soit dans l’univers :
Et vous, qui n’aurez point accepté cette grâce,
Vous périrez peut-être, et toute votre race.
ESTHER.
Allez : que tous les Juifs dans Suze répandus,
A prier avec vous jour et nuit assidus,
Me prêtent de leurs vœux le secours salutaire,
Et pendant ces trois jours gardent un jeûne austère.Déjà la sombre nuit a commencé son tour :
Demain, quand le soleil rallumera le jour,
Contente de périr, s’il faut que je périsse,
J’irai pour mon pays m’offrir en sacrifice.
Qu’on s’éloigne un moment.
* Le chœur se retire vers le fond du théâtre.
SCÈNE IV.
ESTHER, ÉLISE, LE CHŒUR.
ESTIIER.
O mon souverain roi,
Me voici donc tremblante et seule devant toi !
Mon père mille fois m’a dit dans mon enfanceQu’avec nous tu juras une sainte alliance,
Quand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux,
11 plut à ton amour de choisir nos aïeux :
Même tu leur promis de ta bouche sacréeUne postérité d’éternelle durée.
4fi. •