546
ESTIIER.
Hélas ! oc peuple ingrat a méprisé ta loi»
La nation chérie a violé sa foi ;
Elle a répudié son époux et son père,
Pour rendre à d’autres dieux un honneur adultère :Maintenant elle sert sous un maître étranger.
Mais c’est peu d’être esclave, on la veut égorger :Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes,Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes,Et veulent aujourd’hui qu’un même coup mortelAbolisse ton nom, ton peuple, et ton autel.
Ainsi donc un pertide, après tant de miracles,Pourrait anéantir la foi de tes oracles,
Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons,
Le saint que tu promets, et que nous attendons ?Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouchesIvres de notre sang, ferment les seules bouchesQui dans tout l’univers célèbrent tes bienfaits;
Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais.
Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles,
Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles,
Et que je mets au rang des profanationsLeur table, leurs festins, et leurs libations;
Que même cette pompe où je suis condamnée,
Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornéeDans ces jours solennels à l’orgueil dédiés,
Seule et dans le secret je le foule à mes pieds;
Qu’à ces vains ornements je préfère la cendre,
Et n’ai de goût qu’aux pleurs que tu me vois répandJ’attendais le moment marqué dans ton arrêt,
Pour oser de ton peuple embrasser l’intérêt :
Ce moment est venu ; ma prompte obéissanceVa d’un roi redoutable affronter la présence.
C’est pour toi que je marche : accompagne mes pasDevant ce lier lion qui 11e te connaît pas;
Commande en me voyant que son courroux s’apaise,Et prête à mes discours un charme qui lui plaise.
Les orages, les vents, les deux te sont soumis :Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis.