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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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ACTE TT, SCÈNE VIT. â

F.STHF.H.

Seigneur, je n’ai jamais contemplé qu’avec crainteL’auguste majesté sur votre front empreinte ;

Jugez combien ce front irrité contre moiDans mon âme troublée a dô jeter (l’effroi ;

Sur ce trône sacré qu’environne la foudreJ’ai cru vous voir tout prêt à me réduire en poudre.Hélas! sans frissonner quel cœür audacieuxSoutiendrait les éclairs qui partaient de vos yeux ?

Ainsi du Dieu vivant la colère étincelle...

ASSl'ÉRCS.

O soleil '. ô (lambeaux de lumière immortelle !

Je me trouble moi-même; et salis frémissementJe ne puis voir sa peine et son saisissement;

Calmez, reine, calmez la frayeur qui vous presse.

Du cœur d’Assuérus souveraine maîtresse,

Éprouvez seulement son ardente amitié.

Faut-il de mes États vous donner la moitié ?

ESTHER.

Hé ! se peut-il qu’un roi craint de la terre entière ,Devant qui tout fléchit et baise la poussière,

Jette sur son esclave un regard si serein,

Et m’offre sur son cœur un pouvoir souverain?

ASSUKRCS.

Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet empire,

Et ces profonds respects que la terreur inspire,

A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur,

Et fatiguent souvent leur triste possesseur.

Je ne trouve qu’en vous je ne sais quelle grâceQui me charme toujours et jamais ne me lasse.

De l’aimable vertu doux et puissants attraits.

Tout respire en Esther l’innocence et la paix :

Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres,

Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres.Que dis-je? sur ce trône assis auprès de vous,

Des astres ennemis j’en crains moins le courroux ,

Et crois que votre front prête à mon diadèmeUn éclat qui le rend respectable aux dieux même.

Osez donc me répondre, et ne me cachez pasQuel sujet important conduit ici vos pas.

Quel intérêt, quels soins vous agitent, vous pressent?