8 PORTRAITS CONTEMPORAINS,
fine aux secondes perspectives. Durant ces quinze an-nées, si on y porte son attention, plusieurs des idéesfutures de M. Ballanche se retrouvent, il est vrai, dansses rares écrits d’alors, mais éparses, isolées, en germeet à l’ombre, et comme il l’a dit souvent, s’ignorantelles-mêmes.
Le livre sur le Sentiment est composé en entier, nonpas de chapitres, mais d’une suite de digressions ; l’au-teur a voulu faire un jardin anglais, et il promèneson lecteur à travers les rochers, les cascades, lesgroupes de statues sentimentales et autres pareils ac-cidents. C’est une perpétuelle exclamation ; cette âmeexpansive aime, admire, adore; si dès lors elle avait suchanter, elle aurait exprimé plus d’un des sentimentsdont la poésie de M. de Lamartine fut plus tard l’or-gane. Ce rapport qui existe entre les sentiments deM. Ballanche à leur premier état de spontanéité etceux qu’a consacrés la lyre des Méditations nous a sin-gulièrement frappé; nous le retrouverons bientôt dansles Fragments. C’est la même matière religieuse, litté-raire, le même fonds d’inspiration mélancolique; c’estquelque chose d’harmonieux, de lyrique, d’élégiaque.« Retournons donc, s’écrie le jeune auteur, retournons,il en est temps, aux idées religieuses; les littérateurset les artistes ne peuvent rien sans elles. » Et ce sontçà et là, en accompagnement de cette croyance, descouleurs de mythologie grecque, des essais de pein-tures homériques, évandriennes, pastorales; Antigone,Eurydice, tous ces noms favoris y ont des autels.Neuilly, nom symbolique, lui représente ses amis