BRIZEUX ET AUGUSTE BARBIER. 225
qui, sans se suivre du tout, reviennent par intervalles,et, au milieu des distractions del’amantetdes capricesdu poëte, renouent le fil de lin flottant de cette pre-mière liaison villageoise et printanière. Cet amourfidèle pour la jeune paysanne bas-bretonne Marie estcomme le son fondamental que divisent d’autres sonsharmoniques, mais qui reparaît d’espace en espace àcertains nœuds. Marie, la gentille brune aux dentsblanches, aux yeux bleus et clairs, l’habitante du tMoustoir, qui tous les dimanches arrivait à l’église dubourg, qui passait des jours entiers au pont Kerlo.avec son amoureux de douze ans, à regarder l’eau quicoule, et les poissons variés, et dans l’air ces nom-breuses phalènes dont Nodier sait les mystères; Marie,qui sauvait la vie à l’alerte demoiselle abattue sur samain ; qui l’hiver suivaht avait les fièvres et grandissaitsi fort, et mûrissait si vite, qu’après ces six longsmois elle avait oublié les jeux d’enfant et les alertesdemoiselles, et les poissons du pont Kerlo, et les dis-tractions à l’office pour son amoureux de douze ans,et qu’elle se mariait avec quelque honnête métayer del’endroit : cette Marie que le sensible poëte n’a jamaisoubliée depuis; qu’il a revue deux ou trois fois au pluspeut-être ; à qui, en dernier lieu, il a acheté à la foiredu bourg une bague de cuivre qu’elle porte sans mys-tère aux yeux de l’époux sans soupçons; dont l’image,comme une bénédiction secrète, l’a suivi au sein deParis et du monde; dont le souvenir et la célébrationsilencieuse l’ont rafraîchi dans l’amertume; dont ildemandait naguère au conscrit Daniel, dans une élégie
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