230 PORTRAITS CONTEMPORAINS,
ciel, de cette mer de Naples, de cette éternelle enchan-teresse au sein de laquelle l’auteur des Martyrs nousavait déjà introduits un moment avec saint Augustin,Jérôme et Eudore; mais dans ces harmonieux tableauxde M. de Lamartine, les hommes avec leurs variétés etleurs contrastes, les monuments avec leurs caractères,n’étaient pas touchés : la nature envahissait tout, etencore la nature dans sa plus vague plénitude, sanscontours arrêtés, sans détails curieux et distincts, telleen un mot qu’elle se réfléchit dans un cœur que rem-plit l’amour; ce n’étaient que chauds soleils, aubesblanchissantes, comme dans Claude Lorrain, firma-ments étoilés, murmures, vapeurs et ombrages. Lepoëme de M. de Lamartine nous rendait la pure lumièredu ciel d’Italie; mais les autres points plus solides dela réalité, tout ce qui était marbre, figures peintes ouhommes vivants, nous ne l’avions pas. M. Casimir Dela-vigne, dans ses secondes Messèniennes, entreprises depropos délibéré, avait marqué plus d’effort et d’estimableétude que de facilité féconde. Un autre poète moinsconnu, mais digne pourtant de souvenir, M. Jules Le-fèvre, le même qui a combattu naguère sous Varsovie,dans un poëme intitulé le Clocher de Saint-Marc, publiéil y a environ sept ans, avait essayé une peinture sin-cère, expressive, mais que trop de labeur avait trahieet que les souvenirs récents de Byron avaient surchar-gée; les personnes, enfin, qui épient attentivement leprogrès de la chose poétique, savaient que M. AntonyDeschamps avait composé sur Rome et Naples plusieurspièces de vers intitulées Italiennes, dont on vantait le