PORTRAITS CONTEMPORAINS.
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ville de Rouen tout entière prise du haut du Mont-aux-Malades, par M. Huet; le château d’Arques, par lemême, et une perspective du tunnel, par M. Martin.Nous ne reviendrons aujourd’hui que sur l’impressionque nous ont causée les deux paysages de M. Huet,celui du château d’Arques en particulier.
Nous avions déjà vu deux ou trois paysages" deM. Huet, exposés à la galerie Colbert, et dans tous unmême caractère nous a frappé, à savoir l’intelligencesympathique et l’interprétation animée de la nature.L’homme ne joue guère de rôle dans cette manièred’envisager les lieux et de les reproduire : le grouped’usage n’y est pas ; la pastorale et l’élégie y sont sacri-fiées; point de ronde arcadienne autour d’un tombeau ;point de couples épars et de nymphes folâtres etd’amours rebondis ; point de kermesse rustique, deconcert en plein air ou de dîner sur l’herbette; pasmême de romance touchante, ni de chien du pauvre,ni de veuve du soldat : c’est la nature que le peintreembrasse et saisit ; c’est le symbole confus de ces arbresdéjà rouillés par l’automne, de ces marais verdâtres etdormants, de ces collines qui froncent leurs plis à l’ho-rizon, de ce ciel déchiré et nuageux, c’est l’harmoniede toutes ces couleurs et le sens flottant de cette pen-sée universelle qu’il interroge et qu’il traduit par sonpinceau. A peine si çà et là, le long de quelque rampetortueuse d’un coteau lointain, on aperçoit, pareil àun point noir, un voyageur qui gravit. La nature avanttout, la nature en elle-même et avec toutes ses variétésde collines, de pentes, de vallées, de clochers à distance