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d’aguesseau.
fonde, il possède toutes ces qualités. Il a beaucoupécrit sur le droit, sur la religion, sur la philosophie,mais nul de ses ouvrages n’est marqué du cachet del’originalité. Quoique sincèrement religieux, il portedans sa philosophie quelque chose du siècle auquel ilappartient. Son style net et pur, mais sans couleur, apeu de force véritable. Il n’avait pas de génie. Ses es-timables écrits ne sont pas dans leur ensemble desouvrages de grande valeur; ils ne peuvent exercer unenotable influence sur l’esprit ni sur l’imagination; nousn’avons guère à nous en occuper. Ce sont des haran-gues , des mercuriales , discours de répréhension, d’in-struction, d’exhortation, prononcés par le représen-tant du ministère public à l’ouverture des séances duparlement. D’Aguesseau a choisi en général de beauxsujets : amour de son état, esprit scientifique, amourde la patrie, mœurs des magistrats, fermeté, v^aie etfausse justice, connaissance de l’homme indispensableà l’avocat. C’est un genre analogue à la prédication,analogue aux discours synodaux d’un évêque, aux con-férences de Massillon. L’ensemble constitue un véri-table cours de prudence judiciaire (1). Il doit y avoirune théorie du ministère judiciaire, aussi bien qu’unethéorie du ministère apostolique.
On comprend que des sujets aussi didactiques neprêtent pas à beaucoup de mouvements oratoires. Dansses discours, d’Aguesseau est grave, noble, élégant,harmonieux ; il a une élévation de pensée qui inspire
(i) Allusion à la prudence pastorale, titre que porte la théorie des devoir dupasteur dans une partie de la Suisse française. {Éditeurs.)