d’aguesseau.
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de l’intérêt pour le sujet et pour l’orateur -, on ne peutle lire sans en devenir meilleur, pour un moment dumoins. Toutefois son éloquence n’est pas sans apprêt,sans roideur; sa dignité est solennelle, sa période sy-métrique ; sa phrase tombe et se relève avec poids etcontre-poids, elle se balance ingénieusement, on croitentendre crier la simarre de soie du magistrat. Le goûtde l’antithèse y est trop sensible ; l’auteur se laissealler à des jeux d’esprit qui, si l’on veut, ne sont pasfrivoles, mais qui sont des jeux. Le tout manque d’a-bandon et de simplicité. L’Hôpital est beaucoup plusrude ; il compose mal, mais il est plus éloquent ; il abien plus de sève et d’originalité; quelque chose enlui fait battre le cœur. Rien de pareil chez d’Agues-seau. Cependant le discours sur la Connaissance del'homme doit être lu, de même que la septième mer-curiale : De Y Esprit et de la Science. Voici quelquesmorceaux dignes de remarque :
« L’étude de la morale et celle de l’éloquence sont« nées en même temps ; et leur union est aussi an-« cienne dans le monde que celle de la pensée et de la« parole.
« On ne séparait point autrefois deux sciences, qui« par leur nature sont inséparables : le philosophe et« l’orateur possédaient en commun l’empire de la sa-« gesse ; ils entretenaient un heureux commerce, une« parfaite intelligence entre l’art de bien penser et celui« de bien parler ; et l’on n’avait point encore imaginé« cette distinction injurieuse aux orateurs, ce divorce« funeste à l’éloquence, de l’esprit et de la raison, des