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LA CHAUSSEE.
Les meilleures pièces de La Chaussée sont le Pré-jugé à la mode , Mélanide , la Gouvernante. Ces deuxdernières sont plutôt deux romans très romanesquestransportés sur la scène. Le Préjugé à la mode se rap-proche plus de la comédie; il est le chef-d’œuvre de LaChaussée, quoique sur un sujet qui, heureusement, nepeut plus intéresser beaucoup. Ce préjugé n’est plusà la mode; on n’a plus de honte d’être bon mari. Ce-pendant il y a plus de vérité dans cette donnée quedans celle du Philosophe marié de Destouches. Il en ré-sulte de belles situations, que La Chaussée a le mérited’inventer, mais qui ne sont pas assez relevées par lestyle. Néanmoins on peut dire que dans cette piècetout est varié et intéressant. On peut y relever les verssuivants :
Je remarque aujourd’hui qu’il n’est plus du bon airD’aimer une compagne à qui l’on s’associe.
Cet usage n’est plus que chez la bourgeoisie :
Mais ailleurs on a fait de l’amour conjugalUn parfait ridicule, un travers sans égal.
Un époux, à présent, n’ose plus le paraître;
On lui reprocherait tout ce qu’il voudrait être.
Il faut qu’il sacrifie au préjugé cruelLes plaisirs d’un amour permis et mutuel.
En vain il est épris d’une épouse qui l’aime;
La mode le subjugue en dépit de lui-même,
Et le réduit bientôt à la nécessitéDe passer de la honte à l’infidélité (I).
Le genre du drame fut cultivé, modifié et défenduplus tard par d’autres, par Voltaire (F Enfant prodigue ,1736; Nanine , 1749), Saurin, Diderot, Sedaine, Beau-marchais, Fenouillot de Falbaire,
(i) Le Préjugé à la mode. Acte I, scène IV.