Band 
Tome Premier.
JPEG-Download
 

318

MARIE STUART.

'Tandis queLennox implorait vivement sa justice,Elisabeth lui faisait durement entrevoir sa culpabi-lité. Elle lui adressait par sir Henry Killegrew unelettre où éclate toute sa passion contre elle dans lavéhémence de ses reproches mal dissimulés et à tra-vers les invitations d’une sollicitude hypocrite :« Madame, lui disait-elle, mes oreilles ont esté tel-lement estourdies, et mon entendement si fasché etmon cueur tellement effrayé à ouïr l’horrible sonde l’abominable meurtre de votre feu mary et montué cousin, que quasi encores n’ay-je l’esprit d’enescrire; et combien que mon naturel me contraintde condoler sa mort, m’appartenant si près de sang,si est-ce que, à vous dire hardyment ce que j’enpense, je ne puis celer que je n’en sois plus dolentepour vous que pour lui. O madame! je ne feroisl’office de fidelle cousine ni d’affectionnée amie, sij’estudiois plustost à complaire à vos oreilles, quede m’employer à conserver votre honneur; pourtantje ne vous celerai point ce que la pluspart des gensen parlent : c’est que vous regarderez entre vosdoigtz la revenge de cet faict, et que n’avez gardede toucher ceulx qui vous ont faict tel plaisir,comme si la chose n’eust esté commise sans que lesmeurtriers en eussent sceu leur assurance. De moypensez, je vous supplie, que ne vouldrois qu’unetelle pensée résidast en mon cueur pour tout l’or dumonde. » Elle la pressait, en employant les paroles

»