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Théatre complet / de J. Racine : précédé d'une notice par M. Auger
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ALEXANDRE.

Il y court; et peut-être il ne s’y vient offrirQue pour me voir encore, et pour me secourir.

Mais que ferait-il seul contre toute une armée?

En vain ses grands efforts l’ont d’abord alarmée ;

En vain quelques guerriers qu’anime son grand cœurOnt ramené l’effroi dans le camp du vainqueur.

H faut bien qu’il succombe, et qu’enfin son courageTombe sur tant de morts qui ferment son passage.Encor, si je pouvais, en sortant de ces lieux,

Lui montrer Axiane, et mourir à ses yeux!

Mais Taxile m’enferme ; et cependant le traîtreDu sang de ce héros est allé se repaître ;

Dans les bras de la mort il le va regarder,

Si toutefois encore il ose l’aborder.

ALEXANDRE.

Non, madame, mes soins ont assuré sa vie :

Son retour va bientôt contenter votre envie.

Vous le verrez.

AXIANE.

Vos soins s’étendraient jusqu’à lui!Le bras qui l’accablait deviendrait son appui !J’attendrais son salut de la main d’Alexandre !

Mais quel miracle enfin n’en dois-je point attendre ?Je m’en souviens, seigneur, vous me l’avez promis,Qu’Alexandre vainqueur n’avait plus d’ennemis.

Ou plutôt ce guerrier ne fut jamais le vôtre :

La gloire également vous arma l’un et l’autre.

Contre un si grand courage il voulut s’éprouver ;

Et vous ne l’attaquiez qu’afm de le sauver.

ALEXANDRE.

Ses mépris redoublés qui bravent ma colèreMériteraient sans doute un vainqueur plus sévère;Son orgueil en tombant semble s’être affermi :

Mais je veux bien cesser d’être son ennemi ;

J’en dépouille. madame, et la haine et le titre.

De mes ressentiments je fais Taxile arbitre :

Seul il peut, à son choix, le perdre ou l’épargner ;Et c’est lui seul enfin que vous devez gagner.

AXIANE.

Moi, j’irais à ses pieds mendier un asile !

Et vous me renvoyez aux bontés de Taxile 1