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Lettres sur l'histoire de France : pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire / par Augustin Thierry
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LETTRE VI. 89

« c'était que ces tonneaux, il lui fut répondu que les uns« étaient destinés aux chrétiens, tandis que les autres« avaient été consacrés, suivant les rites des gentils, à• « l’usage de ceux des conviés qui professaient le culte« des idoles. Ayant reçu cette explication, le vénérable« Védaste se mit à bénir chacun des vases indistincte-« ment au nom du Christ et par le signe de la Croix. Au« moment où il fit sa bénédiction sur les tonneaux consa-« crés à la manière des païens, tout à coup les cercles et« les liens se brisèrent, donnant passage à la liqueur dont« le pavé fut inondé. Cet événement ne fut pas inutile au« salut de ceux qui étaient présents ; car un grand nom-« bre furent amenés par là à demander la grâce du saint« baptême et à se soumettre au joug de la religion '. »

Si vous parcourez les documents relatifs à l’histoire duvi e et du vii® siècle, vous y trouverez une foule de traitsqui prouvent que le paganisme durait toujours parmi lesFranks, quoiqu’il s’éteignît par degrés. L’historien by-zantin Procope raconte avec horreur qu’en l’année 539les soldats de Theodebert, roi des Franks orientaux, àleur entrée en Italie où ils marchèrent contre les Goths ,ituèrent des femmes et des enfants de cette nation, et je-tèrent leurs cadavres dans le Pô, comme prémices de laguerre qui s’ouvrait 2 . Un siècle après, sur les bords dela Somme et même sur ceux de l’Aisne, le paganismerégnait encore dans les campagnes, séjour favori de la

1 Quæ causa multis qui aderant profuit ad salutem. Nam multi ex hocad gratiam baptismi confugerunt, ac sanctæ Religioni colla submise-runt. [Vitu S. Vedasti, apud Script, rer. gallic. et francic., t. 111, p. 373.)

* Procopii Hist. de Bello Gothico, lib. il, cap. xxv, apud Ibid-, t. Il,p. 37. — H ajoute la réflexion suivante : Nam ita Christiani sunt istiRurbari, ut multos priscæ superstitionis ritus observant, humanas hos-tias aliaque impia sacrificia divinationibus adhibentes. (Ibid., p. 38.)